La biche et l'homme

J’avais acheté un terrain "sauvage", enfin si on pouvait appeler cela un terrain. Personne ne le connaissait, car il était impossible d’y pénétrer, mais il possédait une propriété, avec un moulin à eau, entouré d’orties, de fleurs champêtres, de ronces et d’un bois recouvert de fougères. J’avais besoin d’un endroit comme cela pour y vivre en paix et méditer. Je vivais de mes rentes et je n’avais nul besoin de travailler. J’étais toujours occupé et je ne connaissais pas l’ennui, car j’étais un solitaire. Dans un vieux four qui marchait encore très bien je faisais mon pain, je prenais plaisir à lire à la lueur d’une bougie, bien que j’avais fait installé l’électricité. Je possédais un garde-manger rempli de légumes et la chance d’être entouré d’arbres fruitiers. J’aimais beaucoup lire et dévorais une quantité de livres ahurissante, parfois je jouais du piano.
Je ne possédais pas de téléviseur, ni de "radio", à croire que j’étais un vrai sauvage ! Je me réveillais chaque matin fenêtre ouverte, avec le bruit d’une rivière dont l’eau s’écoulait lentement : un pur moment de bonheur. Un matin, j’avais décidé de prendre ma serpe, et d’aller voir ce qui se passait de l’autre coté, mon sac à dos, quelques provisions et je parti... Je traversai des endroits très boisés et marécageux. Une biche s’était empêtrée dans cette boue et elle n’arrivait pas à en sortir. Elle ne semblait pas avoir peur de moi, lorsque je m’approchai. Je n’étais pas chaussé pour y aller, mais tant pis ; mes chaussures de marche feraient l’affaire.
J’entrai dans ce marécage boueux, elle ne se débattit pas et se laissa faire. Ses yeux semblaient m’implorer en disant "sauvez-moi".
Elle ne prit pas la fuite, même si je lui dis de partir. Je continuais mon chemin, sans me retourner. Elle me suivait. Je ne pouvais pas l’empêcher et je sentais sa présence. Je m’assis sur un talus et sortis mon repas. Elle avait cette audace légère de s’approcher de moi avec son museau et sa petite langue, je voyais bien qu’elle avait faim. Elle fit honneur au maigre repas que je partageais avec elle. La nuit commençait à tomber et je me résignais à faire demi-tour. Elle me suivait toujours et cela jusqu’à chez moi.
Je refermais ma porte, mais soudain, plein de remords, je lui permis de s’installer dans la petite remise d’à côté ; sans me retourner, j’allais me coucher...
La nuit était bien entamée et quelques chose était sur le point de changer. La belle créature était en train de se transformer en une magnifique femme, à la chevelure couleur de braise et ses yeux étaient bordés de longs cils dont la pupille était d’un bel iris noisette. Nue comme un ver, se tenant debout. Elle avait décidé d’aller explorer cet endroit magnifique et elle en fit le tour. Puis, elle alla rejoindre son "maître", l’homme qui l’avait sauvée. Elle l’observa sans faire de bruit et tous les soirs elle recommença, recommença... Les mêmes images qu’elle connaissait par cœur, ce corps qui dormait paisiblement, sur le dos, son sourire, à quoi rêvait-il ? Son odeur aussi qu’elle connaissait, "sa couche" avec ses draps en coton qui sentaient bon la lavande.
La journée, il vaquait à ses occupations et la biche le suivait partout. Il s’habituait à elle et elle à lui...
Mais une nuit, il se réveilla trempé de sueur, il avait encore fait ce rêve étrange ; il décida d’aller boire un grand verre de jus de fruit et en ouvrant la porte du frigidaire, un reflet s’imposa à lui. Il se frotta les yeux et il se dit :"ce n’est pas possible, je suis en train de rêver !" Il se retourna si vite qu’elle n’eut pas le temps de disparaître, surprise de voir son regard fixé sur elle.
"Qui était donc cette femme?" Et d’où elle venait?"
Je ne savais pas quoi lui dire, alors elle me parla la première. Il fallait que je m’assois...
Après son récit, je n’avais même pas vu qu’elle était nue, tellement j’étais plongé dans son histoire, et là, j’étais vraiment gêné, je me levais soudainement, mal à l’aise et j’allais chercher de quoi la vêtir. Avec des gestes un peu rapide, à savoir que je ne possédais pas de vêtement vraiment appropriés. Elle était si menue et ils étaient trop grands pour elle. Un grand tee-shirt ferait l’affaire...
Je revins, mais elle avait disparu. Où était-elle passée? Je suis allé dans la remise, mais elle n’était pas là. Je n’avais pas pensé à ma chambre, je "tournais" encore et encore. Il ne restait donc plus que cette pièce et je la vis endormie dans mon lit.
Mon cœur se mit soudain à palpiter, je ne connaissais pas cette émotion et cela me fit peur. Je ressentais des choses à travers mon corps et dans mon cœur, dans mon . Je m’avançais, près d’elle sans faire de bruit, je la regardais. Elle était sublime, magnifique, j’avais envie de la protéger, de la chérir et de l’aimer.
J’avais subitement des doutes, car cet amour qui grandissait, jour après jour, n’était pas peut-être pas réciproque. On passait beaucoup de temps ensemble, sans même se toucher, juste quelques regards qui devenaient de plus en plus brûlants, de plus en plus intenses. Une envie de goûter à ses lèvres, si douces, si sucrées, si rouges comme le fruit de la cerise....
Elle le sentit, d’elle même, elle s’approcha de ma bouche et "cueillit" mes lèvres d’un baiser si doux. Elle recommença, mais cette fois-ci elle chercha ma langue, et l’aspira ce qui me donna l’envie d’aller plus loin... Je la sentais fragile, je n’avais jamais été aussi patient. Pour elle je le serais, car je l’aimais comme un fou. On se côtoyait de plus en plus, mais sans aller plus loin que des baisers ; cependant, elle devait bien sentir mon ardeur à travers mon pantalon, car je la serrais dans mes bras. La journée elle se retrouvait en créature (la biche) ; qui me tenait compagnie, j’attendais avec impatience, qu’elle retrouve sa forme humaine...
De bon matin, alors que je péchais, elle se pencha pour voir le joli spectacle qui se passait sous l’eau ; émerveillée de voir les petits poissons danser pour essayer d’attraper mon appât. En se penchant trop, elle tomba.
Je lâchai subitement ma canne à pêche, car elle ne savait pas nager, j’entendis son cri perçant raisonner si fort à mes oreilles...
C’est à son moment-là que nous avons fait l’amour pour la première fois. Ce n’était pas vraiment banal, pour une première. Le tee-shirt lui collait à la peau, je voyais sa poitrine se dessiner sous l’étoffe, l’aréole était couleur café au lait et le bout rose. Je titillai les tétons qui durcirent et elle se mit a gémir ; je pris un sein dans ma bouche, tout en effleurant l’autre du bout des doigts. Puis, j’enlevai son tee-shirt collant et l’attrapais par la taille, en soulevant ses hanches, j’ôtai mon pantalon et sa petite culotte. Je posais une main sur son ventre juste au dessus de la toison dorée. Elle desserra les jambes, et je pus glisser mes doigts entre ses plis intimes. Elle était déjà humide de désir, prête pour l’amour...
Mais je voulais l’exciter d’avantage. Elle se cambra, ma main caressa son bouton rose dans l’ultime but de la faire jouir, j’y parvins facilement. Puis elle prit mon sexe dans sa main et le guida dans son "trésor". J’étais au bord de l’explosion, mais je me retins, j’avais envie de la lécher, de poser ma bouche sur ses lèvres au goût de miel...
Je faisais aller et venir ma langue sur son sexe, elle soupira, haleta...
Gémissante, en criant de plus belle, elle s’abandonna à l’orgasme avec une ferveur qui me surprit, puis, à son tour, elle s’empala sur mon sexe et ondula ses hanches pulpeuses, je ne mis pas longtemps à jouir.
Puis je la pris dans mes bras et l’emmenai chez nous. Depuis, je ne l’ai plus jamais laissée repartir.

caressedesyeux
Mar 02 Mars 2010, 07:06 par caressedesyeux sur L’amour fantastique

Cette chose

Je sens cette Chose voler au-dessus de moi.
Son ombre plane et survole mon être,
tel un vautour décrivant ces mortels cercles autour de sa cible,
cherchant le moment de faiblesse pour plonger,
Et ainsi achever sa victime….

Je sens cette Chose m’entourer.
Ce faible brouillard devenir un parfait écran de fumée,
m’empêchant de voir, et m’embrouillant les sens.
J’inspire et j’expire ce noir gaz qui me donne des vertiges.
Étourdissements, exaltation, ivresse des sens,
Je perds les pédales, la réalité vacille….

Je sens cette Chose sur moi.
Ces bras m’enveloppent dans une tendre volupté.
Dans son doux linceul elle m’enferme.
Sa main, telle un serpent haineux, monte sur mon bras.
Son étreinte sur mon corps est tenace, mais tendre et succulente.
Sa caresse est totale, douloureuse mais indolore,
Agréable mais amer…

Je sens cette Chose en moi,
Tel un suave vin âcre et acide.
Suite à la morsure du serpent, le poison m’emplit et se répand,
Comme une délicieuse bile, qui en moi fait son chemin.
La Chose fait refuge dans mes entrailles,
Et y plante à souhait ses violentes morsures.
Mes pacifiques cris percent le silence de mon !
Que dois-je faire; Résister ou succomber?

Je sens cette Chose devenir moi.
Et j’hurle : « Et toi, cher Insensible, pourquoi donc m’attaques-tu?
Te délectes-tu de ma paisible souffrance?
Toi qui t’attaques à l’Être, cet Être que l’on nomme homme,
Es-tu amoureuse de notre amertume silencieuse?
Moi je te dédaigne, cher ennemi amical,
Tu mènes au désespoir de l’ et au déchirement de l’esprit!
Tu rends tout si beau, et tout si désirable.
Ô Désir! Pourquoi ne te laisses-tu point mourir... »
Dim 28 Fév 2010, 04:37 par Someone01 sur La séduction

Oiseaux de feu

Offre-moi ton corps, pour le salut de mon , et prends le mien. Rapprochons-nous. Laissons glisser nos mains… Eclatons nos bulles pour n’être qu’un. Que nos bouches fassent ce qu’elles veulent. Mangeons-nous, buvons-nous, laissons s’exhaler les saveurs…

Mélangeons-nous, emboitons-nous, dans tous les sens, pour le bonheur des sens et sans interdit. Soyons beaux. Soyons fous. Soyons libres… Laissons nos cœurs s’emballer.

Regardons-nous... Aimons-nous au rythme du va-et-vient de la chair, compte-à-rebours de l’extase, faisons-nous trembler.

Abandonne-toi, comme moi je m’abandonne, en un subtil équilibre.

Laissons raisonner notre plaisir, tel une vague venant lécher chaque parcelle de nos corps, chauds, rougis, ruisselants et lisses… Que nos fluides apaisent le feu, pour mieux qu’il brûle encore, avec la même intensité. Vivons dans le péché. Enivrons nous l’un de l’autre, sans retenue.

Consumons-nous, pour mieux renaître de nos cendres, tels deux phœnix à la saison des amours… Deux nids, deux cœurs, deux vies, un destin. On m’a dit que, quel que soit l’espace qui les sépare, ils se retrouvent… Si c’est de la magie, alors c’est vrai.
Lun 22 Fév 2010, 01:30 par Devetu sur Les liaisons sulfureuses

Un sourire divin ?

Quand le coeur se trouve dans la confusion de ses propres sentiments, il confère à la moindre attention une source infinie d’amour. Il cherche le sourire divin, reflet d’un amour sincère. Ce sourire rayonne d’une chaleur dans laquelle il cherche à s’envelopper. Cette chaleur maternelle nous rassure.
La cruauté humaine joue d’artefacts pour tromper les êtres faibles d’Amour. Quand un être découvre un sourire de marionnette, il ne parvient plus à rêver d’amour. Son coeur pleure sa blessure.
Combien d’êtres pleurent de cette tromperie ?
Croire dans la bonté divine d’un sourire noye son propre coeur dans une profonde joie. Il se plonge dans la passion la plus parfaite mais aussi la plus destructrice qu’elle soit. Nous vendons corps et pour cette divine matrone, l’Amour. Nous devenons des fidèles aveugles de bon sens. Le bon sens n’existe plus dans la folie des croyances. Quand ce coeur découvre que ce fut une harmonie de pacotille, il met lui-même au bûcher des hérétiques ses propres croyances de païens. L’Amour parfait n’est qu’un mensonge. Brûlons les amours !
Nous sommes dévorés par notre passion. Nous mourrons tous de notre passion.
Voilà pourquoi les sourires divins sont si beaux mais si cruels dans le monde des hommes !
Tant que nos coeurs gardent leurs divins secrets d’alcôve, nos sourires demeurent aussi beaux et éternels que ceux des tableaux de Fragonard mais peuvent s’enlaidir à leurs révélations comme dans le portrait de Dorian Gray.
Combien de coeurs laids se cachent derrière de divins sourires ? Combien d’entre nous sommes des Dorian Gray ?
Ven 12 Fév 2010, 01:57 par Solina sur Un monde parfait

Fragilité

X : "Mais qui êtes-vous pour m’en vouloir ainsi ? Que vous ai-je fait ?"
Y : "Vous en vouloir ? Parfois. Mais, vous aimer, toujours."
X : "La bêtise vous gagne, vous rêvez mon bon homme. Non seulement vous êtes idiot, mais en plus vous aimez à le montrer."
Y : "Mes sentiments ne vous suffisent, alors, donc pas ? Ne suis-je vraiment qu’une simple de plus à vos yeux ? Votre refus me condamne. Voyez comme la tristesse me gagne plus que la bêtise !"
X : "Ne soyez pas si cruel, le monde regorge de femmes jeunes, belles et à votre goût. Partez à l’aventure, restez-y et revenez-en accompagné. Je vous le promets."
Y : "Il est tard, et cette promesse me brise comme se brise la houle sur les bords acérés d’un rivage somptueux mais froid. Votre coeur est froid et le mien peine, ma belle. Oui, belle vous êtes. Mais froide vous restez. Adieu."
Dim 07 Fév 2010, 13:59 par 365.2425 sur Parler d'amour

Par une pluvieuse nuit d'hiver

Lorsque je rencontrai Cornelia pour la première fois, il pleuvait. Et j’avais froid. J’avais froid sous mon grand manteau, bien que je ne voulus rien en laisser paraître.
- Bonsoir, vous êtes Philémon ?!
Elle aussi semblait transie. Mais son manteau est bien plus court que le mien, me dis-je in peto. Sceptique dès le début par l’opportunité de cette rencontre, je le demeurai, comme un vieux con blasé, avec cette pensée acerbe. Un vieux con, grelotant dans un manteau mal taillé, sur une place de l’Opéra dont le faste ne l’émerveillait plus depuis bien longtemps. Je répondis en claquant des dents malgré moi.
- C’est moi. Vous êtes Cornelia, j’imagine ?
Elle ne répondit pas immédiatement. Ces yeux verts, ronds comme des billes, me firent l’effet de deux radars perçant la pluie et mon en un instant. Un peu comme si sa réponse allait être conditionnée par ce qu’elle semblait chercher dans l’abîme de mon regard blasé.
- Oui, je suis Cornelia. Et oui, je suis nue sous mon manteau, comme vous l’aviez souhaité. Et à vrai dire je me demande pourquoi je me pèle les miches pour vous devant cet opéra de mes deux.
Son regard me sortit de la torpeur où j’avais sombré. Ses yeux avaient cessé de me scruter et lançaient maintenant un message de fureur sorti tout droit des abîmes.
- Excusez-moi, je crains de ne pas comprendre. Je ne vous ai jamais demandé de venir. Et encore moins nue sous votre manteau, répondis-je interloqué, sincère et à vrai dire embarrassé au point d’en perdre ma superbe.
Elle ne répondit pas tout de suite. Elle me réexamina le temps d’un simple regard, puis fit demi tour dans un volte face aussi léger qu’imprévu.
Le temps de réagir, elle s’engouffrait dans l’entrée du métro, laissant sur les marches l’image de sa silhouette chaloupée.
- Attendez ! m’écriai-je.
Je me surpris à courir vers cette personne inattendue, me débrouillant tant bien que mal avec ces marches, cette rampe, mon foutu manteau trop long et mes dents qui claquaient. Je voulais la rejoindre, lui demander. Commencer. Recommencer. Recommencer à désirer, en somme. Enfin... je crois.
Lorsque je poussais enfin les portes battantes du métro presqu’en trébuchant, cherchant du regard cette Cornelia qui ne devait pas être bien loin dans le carrefour déserté, je ne la vis pas.

Baissant les yeux, je butai sur son manteau.
Dim 03 Jan 2010, 20:43 par PetitPrince sur L’amour fantastique

Tout pour un sourire

Il aimait peindre les sourires. Il pouvait voir, au-delà d’une expression d’un visage, dûe à des contractions musculaires, une ouverture de soi. Cette brèche peut être petite et de court instant. Mais il pouvait apercevoir la tristesse, la souffrance voilée derrière un sourire de politesse.
La politesse veut que les épanchements soient proscrits de la sphère publique. La retenue est l’apanage des esprits civilisés. Cependant, quand l’esprit est pris dans les tourmentes de la confusion, l’esquisse d’un sourire est une nouvelle blessure qu’on s’inflige à sa propre . Ce mensonge est un leurre éphémère. Si le coeur n’apprend pas à guérir de ses blessures en assumant ses joies et ses peines sans leurre, une fois que le masque tombe, le monstre des sentiments envahit l’être et le condamne à la violence et à la mort.
Combien avait-il décelé à travers son pinceau certains de ces subterfuges ? Comment tous ces êtres en perdition pouvaient croire qu’il serait dupe ?
Il ne comprenait pas pourquoi des êtres pouvaient se détruire ainsi. Un sourire, un geste, un mensonge.
"C’est pour me sauver d’une situation critique"
"C’est pour éviter une réponse claire"
"C’est pour qu’on me laisse tranquille"
Pourquoi alors, ne pas apprendre à parler ?
Tout à chacun a une bouche. Tout jeune, l’être apprend à parler mais oublie de communiquer. Il parle souvent pour ne plus entendre la propre musique de son coeur. Il n’est pourtant pas sourd. C’est juste un malentendant sentimental. Comme il ne sait pas communiquer, il sourit pour parler. Un mot pour un sourire. Non, mille mots pour un sourire. Mais, encore faut-il savoir lire un sourire !
Ce qu’il préférait, c’étaient les sourires d’anges. Ceux-là, ils les peignaient avec méticulosité de peur de détruire cette harmonie de coeur et de physique. Ces sourires reflétaient le don, l’amour universelle et l’écoute sincère de l’autre. Apaisés, ils ouvraient le coeur des receveurs. Une profonde quiétude exhalait de ces lèvres charmantes.
Tous ces sourires, il aimait les peindre. Pourquoi ? Parce qu’il trouvait derrière chaque sourire la Vie.
Jeu 10 Déc 2009, 02:13 par Solina sur Un monde parfait

De l'huile, une bougie et un homme : l'arme fatale

Le moment unique où mon s’échappe de mon corps...

C’est un des moments rares où je me sens libre...
Mon esprit arrête enfin son manège et laisse à mon corps un peu de vie...

Je ne suis que terminaisons nerveuses. Des connexions en folie.
Comment fait-il pour être partout à la fois ?

De mon dos, ses mains glissent plus bas.
Encore plus bas.

Je sens un sourire dans sa voix quand il me rappelle dans un souffle de respirer.
Je crois que cela fait un moment que je suis en apnée...
Comment fait-il pour que je le sente en moi alors qu’il ne me touche presque pas ?
Frôlement, dessins du bout des mains, du bout des doigts...
Autant de flammes qui laissent sur ma peau comme une brûlante traînée !

Le rythme est doux et pourtant je me sens dans un tourbillon.
Le rythme est doux et je me sens tigresse.
Le rythme est doux et à chaque passage de ses mains, je cambre un peu plus les fesses...
Ô Dieu que c’est bon...
Mer 25 Nov 2009, 20:51 par Asma sur Les liaisons sulfureuses

Rencontre avec un ange...

Un autre lieu, une autre vie,
Rien de prévu,
On ne prévoit rien dans ces cas là.
Juste une ballade entre amis,
Et je t’ai vu,
Attiré inexorablement vers toi
J’ai rencontré un ange...

Normal n’est pas le bon sentiment,
Mais nous nous sommes rapprochés
Comme des aimants attirés
Normal est un ressentiment ignorant
De ce que j’ai pu éprouver
Comme des amants désirés
J’ai rencontré un ange...

La timidité m’a submergé
Cette soirée on nous avons parlé
Bord de plage, lune en fond
La passion m’a rattrapé
Te regardant dormir à mes côtés
Je n’osais pas émettre un son
J’ai rencontré un ange...

Hésitant je t’ai embrassé
Et tu m’a rendu ce baiser
La flamme est devenu brasier
Ta main ne m’a plus quittée
Et ensemble nous avons continué
Peu de temps nous restait
J’ai rencontré un ange...

Au revoir, mon corps chancelle
Tu m’as serré dans tes bras
Mon cœur lacéré d’une séparation
Les pleurs pour unique chandelle
Désormais mon sans toi
Attendra ta prochaine résurrection
J’ai rencontré un ange...
Mer 25 Nov 2009, 01:11 par Loyd sur Histoires d'amour

Quand les mots se perdent...

Il se savait plus comment s’exprimer tant sa douleur était grande. Des mots lui venaient en tête. Pourquoi tous ces mots l’agressaient ? Ils n’arrivaient à les saisir et à les comprendre.

Tendresse
Son corps l’avait expérimenté. La douceur de silhouettes féminines qu’il avait étreint, il s’en souvenait. Mais l’amour ? A travers ses doigts, il n’a jamais senti cette profonde affection filiale. Il avait caressait de multiples corps à la recherche de ce sentiment. Pourquoi ce mot lui semblait froid, distant ?

Solitude
Son le comprenait. Mais combien de mots peuvent-ils définir ce sentiment lié à la souffrance, à l’incompréhension et au désarroi ? L’échec d’une définition le rendait d’autant plus seul.
Qui est seul ? Ce sentiment pouvait-il le partager avec ce mot ? Le partager avec d’autres mots, ne serait-ce pas briser son sens ?

Croire
"Être persuadé qu’une chose est vraie, réelle", définition du Littré. Qu’impliquent les croyances ? Cette question, il se l’était posée. Lui-même, il croyait. Mais croire en quelle réalité ? Où est la réalité ? Ce mot n’est-il pas vide ? Cette action nécessitait qu’il s’impliquait auprès d’autrui. Il ne voulait pas donner ses mots, sa parole. Qui saurait les apprécier ?
Lun 23 Nov 2009, 03:32 par Solina sur Mille choses

L'arbre de mort

Je te vois mourir… Ton visage s’éteindre… Tes yeux perdre leur étincelle…

Je vois tes ailes se froisser. L’air est devenu irrespirable.

Tu t’es posée sur moi, sur la branche pourrie d’un arbre de mort, et le poison qui suinte de mon écorce s’est répandu en toi.

Aujourd’hui seule ta vie s’envole, je t’ai rendu trop lourde.

Je t’ai refroidie.

Je t’ai emprisonnée.

Ma branche a fini par se casser et tu es tombée, lourde comme une pierre.

Alors je te regarde mourir aux pieds de mes racines et mes larmes ne font qu’accélérer cette mort en venant couler jusqu’à toi, empoisonnant ton et ton corps du mal que je suis, humidifiant la terre dans laquelle tu t’enfonces peu à peu, inéluctablement...
Ven 20 Nov 2009, 14:10 par Adès sur Mille choses

Les portes de féerie

Bonjour à tous! Je suis une petite nouvelle, mais je n’ai pas trouvé où se présenter...

J’espère que mon texte se trouvera au bon endroit.

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Les Portes de Féerie

Tournez neuf fois autour de la colline aux Fées dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, avancez maintenant d’un pas, et…

…Entrez


Il m’est impossible de dire exactement ce qu’est Féerie. Chacun le voit différemment. Il faut, cependant, certaines qualités, ou certains défauts pour le découvrir. Il faut savoir regarder au travers des choses.

Savoir regarder au-delà d’une simple brume, d’un simple cours d’eau. Car oui, chaque jour nous effleurons les Portes de Féerie sans pour autant les franchir. Pourtant elles sont bien là, derrière ce sentier, derrière ce torrent, derrière le sourire de cet enfant. Nous devons simplement voir la magie qui nous entoure.

Féerie existe parallèlement à notre monde, en tout lieu et à toute époque. Les Portes qui mènent en Féerie prennent souvent l’apparence de lacs, de pierres mais aussi de brume. C’est le royaume des fées, des elfes, des korrigans, de ce que l’on nomme le Petit Peuple.

Il arrive même que les deux mondes soient si proches qu’ils se confondent. C’est un émerveillement que l’on peut vivre dans certains lieux. Je vous invite à en visiter un, qui est, je pense, le plus beau de tous : Brocéliande.

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Edouard poussa son énième soupir. Sa vie ressemblait à un enfer. Lui qui ne rêvait que de livres se retrouvait à la tête de l’entreprise familiale. Le décès de son père avait mit fin à ses rêves de posséder sa propre librairie. Aujourd’hui, il avait une importante soirée avec ses actionnaires, et rien que d’y penser cela le rendait malade. Il n’était pas fait pour ce métier, voila tout ! Mais sa mère lui en voudrait énormément s’il y renonçait.
Il avait l’impression de porter une tenue de combat. Costume d’un grand couturier, chaussures défiant le confort le plus élémentaire, cheveux impeccablement bien en place…la panoplie complète de la sophistication. Lui qui ne mettait d’ordinaire que des vêtements confortables et pratiques ! Il était très loin de son personnage habituel, perdu au milieu de cette foule élégante et superficielle, une foule où se côtoyaient les personnalités les plus en vue du moment. Un poisson hors de l’eau, voila ce qu’il était. Comment pouvait-il tenir son rôle d’invité d’honneur alors qu’il se voyait comme le vilain petit canard ?
- Arrête de t’agiter comme cela, murmura une voix à son oreille, on dirait un adolescent mal dans sa peau. Tu n’as plus quinze ans.
Il était impossible de deviner l’âge exacte de la mère d’Edouard tant ses traits fins étaient tendus sur son visage osseux. Quant à ses cheveux noirs remontés en chignon, ils lui donnaient une allure de reine de la nuit ou de vampire échappé d’un film d’épouvante. Elle devait avoir la cinquantaine mais elle aurait très bien pu avoir vingt ans de plus. L’argent avait ce pouvoir de vous préserver de l’injure du temps. Et de vous donner cette assurance à toute épreuve qui forçait le respect.
Edouard s’aperçut tout à coup qu’il tapotait nerveusement sur sa flute en cristal. Il se força à arrêter car son geste était trop révélateur de son état d’esprit. Hors de question qu’il craque à peine arrivé. Après tout, c’était sa soirée. Son père lui avait offert une chance énorme en lui léguant l’entreprise, il n’avait pas le droit de le décevoir.
Toujours était-il, s’il avait pu se faire passer pour une plante verte, avec quelle joie se serait-il transformé en fougère !

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La soirée s’était enfin terminée. Edouard n’en pouvait plus, il fallait qu’il s’isole. Il était cinq heures du matin quand, Jack, son fidèle labrador, sur les talons, il partit respirer un grand bol d’air frais.
Il avait la chance de vivre dans un lieu aussi magique que Paimpont, entouré de sa magnifique forêt, que tout le monde connait sous le nom de Brocéliande.
Paimpont est un village bâti au bord d’un vaste étang situé au cœur de la forêt, domaine privilégié des légendes celtiques. C’est là qu’Edouard et Jack aimaient se ressourcer.
Ce matin, il avait décidé de se rendre au Val sans Retour. Pendant un moment, quand il devait avoir dans les dix ans, il a crû qu’il se nommait ainsi parce qu’on ne pouvait l’atteindre. Et à partir du moment où il n’est pas possible d’y aller, il va sans dire qu’on ne peut pas en revenir. En réalité, le Val sans Retour est le lieu où, selon la légende, la fée Morgane enfermait ses amants infidèles. Ceux-ci n’avaient alors plus aucun espoir de retour. Les sortilèges qu’elle y avait implantés pour les empêcher de partir furent déjoués par Lancelot du Lac qui resta fidèle à son amour pour Guenièvre. Alors, du Val sans Retour château, jardin, murailles, gardiens de dragons, enchantements, tout disparut grâce à la vertu de Lancelot. Du haut d’un promontoire de roches pourpres, Edouard pu à loisir contempler l’étrange spectacle qu’offrait la dernière demeure de la fée Morgane dans l’aube naissante. Les couleurs multiples de la végétation s’entremêlaient en de superbes arabesques accentuées par d’étranges arbres morts. En contrebas, siégeait l’Arbre d’or du peintre François Davin, symbole de l’esprit de la forêt renaissant de ses cendres suite à l’incendie de 1989 dont Brocéliande garde encore des cicatrices. L’arbre peint en or, posé sur un pavement de schistes rouges et entouré de deux troncs noirs et tordus, semblait être là depuis une éternité. Un profond sentiment de bien-être et de rêverie se dégageait du Val dont le Miroir aux fées, l’Hotié de Viviane, le dédale de la vallée des Portes faisaient partis.
Par delà les landes pourpres et dorées, Edouard avait l’impression d’entendre dans le vent les clameurs des pauvres amants égarés.
Il en était là de ses réflexions quand il sentit ses paupières s’alourdir puis se fermer. Un léger vent le réveilla une seconde, une minute, une heure plus tard. Il avait perdu toute notion du temps. Le paysage avait changé durant son sommeil. Le décor était intact mais semblait magnifié, la forêt avait pris des tons mauves et la brume commençait à s’étendre. La magie semblait avoir envahit le Val sans Retour.

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- Eh toi ! l’interpella une voix. Oui toi, là-bas !
Edouard ne savait pas d’où venait cette voix et regarda dans toutes les directions d’un air perplexe. Soudain il se retrouva projeté contre un muret en pierre qu’il n’avait pas remarqué jusqu’à là. Fermant les yeux, il bredouilla d’une voix tremblante :
- Je… Tenez, prenez ma veste. Je… Je n’ai rien d’autre qu’une vingtaine d’euros et une boite entamée de vitamine C. Mais laissez moi je vous en pris.
Edouard n’était pas très courageux, il fallait bien l’admettre.
- Et bien, tu en as mis du temps, reprit la voix.
- Qui ? Moi ? Lui répondit Edouard, surprit.
- Qui d’autre, pardi ! Il y a longtemps que je t’observe, je vois que tu es enfin prêt.
- Enfin prêt ? Mais à quoi ?
Un petit être sortit de la brume.
- Je suis Korr, un korrigan. Tu as enfin franchi les Portes de Féerie. Mais je dois t’avouer que tu ne tombes pas au meilleur moment. Eh là, mais c’est quoi cette chose baveuse à tes cotés ?
- Les portes de quoi ? Et ce n’est pas une chose, c’est Jack, mon chien.
- Bon, si tu veux, capitula Korr. Féerie est un monde parallèle au votre, expliqua-t-il. Chaque jour vous effleurez ses portes sans jamais les franchir. Vous êtes tous tellement préoccupés par votre train-train quotidien que vous en oubliez le rêve et la magie. Il est temps que les hommes sachent qui sont les êtres de Féerie. Comme ça, ils arrêteront peut-être de nous ignorer et de négliger notre Mère-Nature !
Edouard détailla celui qui prétendait être un korrigan et constata avec stupeur qu’il n’avait peut-être pas tout à fait tort. Il était petit, une trentaine de centimètres, un gros nez et très poilu. Devant le silence consternant de son nouveau compagnon, Korr reprit :
- Pour ceux qui ne savent pas, commença-t-il, korrigan signifie lutin, en breton. Nous faisons partis du Petit Peuple de Féerie. Il fut un temps où nous vivions en harmonie avec les hommes. Mais l‘arrivée de la nouvelle religion nous a obligé à nous cacher. Nous sommes partis vivre sous terre, dans les grandes cités sous-terraines dont la capital se situe à Carnac. Les hommes disaient de nous que nous étions des être malveillants alors que nous leur rendions services jusque là. Mais notre attitude a changé, à force d’être rejeté nous nous vengions. Oh, rien de méchant ! Quelques petites farces, par-ci, par-là. Nous sommes comme les êtres humains, tantôt sympathiques, tantôt diaboliques. Ce qui est sûr, c’est que nous avons un caractère bien trempé ! Bien que nous n’ayons pas très bonne réputation, il ne faut pas hésiter à venir à notre recherche. Si une personne nous est sympathique, nous lui ferons découvrir notre monde. Seulement…
- Bon, le coupa Edouard, admettons que tu sois…ce que tu prétends être. Qu’est-ce que je fais là moi ? Pourquoi maintenant ? J’ai une réunion dans quelques heures.
- Il va falloir que tu la reportes. Viens avec moi, je vais te présenter mon ami Sirrah.

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Alors qu’il longeait un sentier, Edouard entendit un bruit de galop s’approcher. Il pu alors contempler l’un des plus beaux et des plus purs habitants de Féerie. Elle était là. Majestueuse. Une grande jument blanche, fine, avec des sabots fendus et une corne spiralée sur le front. Ses boucles blondes se répandaient sur une puissante encolure. Hypnotisé par la beauté de l’animal, Edouard fut surprit en sentant son souffle lui caresser le cou.
- Je te présente Sirrah, déclara Korr avec une pointe d’admiration dans la voix.
- Une licorne, murmura le jeune homme, je ne pensais pas que vous existiez.
- Nous existons. Aussi vieilles que le ciel, aussi vieilles que la lune nous existons. Nous sommes la lueur et la pénombre. Nous sommes les rêves. Nous sommes l’écume sur l’océan. Nous ne sommes visibles que par ceux qui croient en nous.
- Soit bien attentif à l’histoire de Sirrah, dit Korr à Edouard en déposant un doux baiser entre les naseaux de la jeune licorne.
- La première licorne est née de la noblesse d’un cheval et d’un soupçon de magie. En Occident, nous sommes souvent décrites comme étant sauvages et indomptables ; tendis qu’en Orient nous sommes des animaux paisibles et doux, qui apportaient la bonne fortune. En Inde, nous sommes décrites comme étant des ânes sauvages aussi gros que des chevaux. Notre pelage était blanc, notre tête rouge foncé et nos yeux d’un bleu profond. Sur nos têtes, se dressait une longue corne d’environ cinquante centimètres de long : généralement blanche à la base, noire a milieu et rouge sur le bout. Nous sommes aussi un animal fabuleux, mélange de rhinocéros indien, d’antilope de l’Himalaya et d’âne sauvage.
Mes vos yeux ne voient que ce que vous voulez bien voir. Nous ne sommes rien de tout cela.
Notre corne est en réalité une projection de notre esprit. Vous ne pouvez la toucher. Dès qu’elle quitte notre corps elle devient poussière. Ainsi, personne ne peut se vanter d’en posséder une. Le pouvoir réside dans la licorne et non dans la corne. Elle prend la couleur de l’aura de magie qui la baigne.
- Quel est votre pouvoir ? Et l’aura, c’est la couleur qui t’entoure ?
- Nous avons le pouvoir de détecter les poisons, de guérir. Quant à l’aura, c’est l’énergie qui entoure chaque être vivant. Si une créature possède une grande force, l’aura est brillante. Comme tu peux le constater, mon aura est vert clair. Ce qui signifie que je suis encore à l’état sauvage et en affinité avec la nature.
Nous vivons grâce à la foi des humains. A chaque fois que l’un d’entre vous cesse de croire aux licornes, une d’entre nous meurt. Il fut un temps où tous les hommes avaient la foi. Nous pouvions vivre dans les endroits les plus éloignés de toute civilisation. Je me souviens que maman faisait pousser l’ambroisie qui rend immortel, papa, plein de sagesse, était souvent consulté par les humains. Ils nous considéraient comme des dieux. Et puis les humains découvrir le narval, aussi appelé licorne des mers. Et ils cessèrent de croire en nous. Presque toute ma famille est morte à cause de ça. Je vivais en Egypte, dans les introuvables sources du Nil, mais le manque de croyance en nous m’a obligé à venir me protéger en Féerie.
- Tiens-toi tranquille, expliqua Korr, si tu veux avoir une chance de rencontrer la Licorne de Féerie. Ne soit pas déçu si elle ne s’approche pas de toi, elle ne se montre pas hostile mais préfère rester éloigné des humains.
Et là, apparaissant devant Edouard, une magnifique licorne dotée d’un pelage vert tendre et d’yeux de la même couleur mais émettant une lumière diffuse.
- Elle est plus petite que nous, les Licornes Sylvestres, et mesure la taille d’un petit poney. Une fois tous les cent ans, elle perd sa corne qui repousse en deux semaines. Cette corne est un porte bonheur éloignant les maladies et la malchance, mais personne de ton monde n’est assez pur pour en posséder une. Il est très difficile d’apercevoir la Licorne de Féerie même en pénétrant sur son territoire car elle possède la faculté de se fondre dans le décor, à la manière d’un caméléon. Elle n’attaque pratiquement jamais les intrus sauf si ceux-ci souillent volontairement la nature. Elle doit son nom au fait qu’elle communique régulièrement avec les Elfes, les Fées et les êtres du Petit Peuple.
- Qu’est-ce que le Petit Peuple, demanda Edouard ?
- Le Petit Peuple est le nom donné à certains habitants de Féerie, comme les Korrigans, les Gnomes, les Trolls et bien d’autres !
- Tu as évoqué les Licornes Sylvestres, qui sont-elles ?
- Je suis une licorne sylvestre. Je vis dans les forêts dont j’assure la protection, d’ailleurs je ne mange que de l’herbe et des feuilles. On peut dire que je n’ai aucun ennemi, je suis aimée de tous. Mise à part ceux qui font du tord à la nature. Que dirais-tu si nous partions à la découverte des pierres vivantes ?
- Il y a des pierres vivantes en Féerie, s’exclama Edouard avec surprise !
- En réalité, elles se trouvent dans le monde des humains, mais nous les comprenons mieux en Féerie. Les mégalithes poussaient autrefois comme des plantes dans les champs jusqu’au jour où les prières ont arrêté net leur croissance.

En un battement de cils, les nouveaux amis se retrouvèrent à Plouhinec.
- Voici les huit menhirs de Plouhinec. N’ai pas peur d’eux, tu peux les approcher.
Edouard fut alors étonné d’entendre un des menhirs lui parler.
- Nous sommes les huit menhirs de Plouhinec. D’immenses trésors se cachent sous nos pieds. Une fois tous les cent ans, la première nuit de l’année, nous allons boire l’eau de la rivière d’Etel. On peut alors s’emparer des trésors. Mais il vous faut faire vite pour ne pas être broyé à notre retour.
Nombreuses sont les légendes d’or dissimulé sous les pierres. Le trésor est parfois plus immatériel. A Plouer-sur-Rance ou à Bréhat, c’est le mariage que peut prédire la pierre. A Pleumeur-Bodou, c’est la guérison que procurent les fragments de roche broyés dans un verre d’eau.
- Je t’emmène dans un lieu rempli de magie, monte sur mon dos Edouard et laisse-moi te guider.
La licorne glissait au dessus du sol. En quelques minutes, ils étaient revenus en pleine forêt.

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- Nous nous trouvons au cœur de Brocéliande. Regarde cette pierre devant toi. Merlin l’Enchanteur y est endormi depuis mille ans.
- Nous allons voir d’autres dolmens, demanda Edouard, la voix pleine d’excitation ?
- Non, notre découverte s’arrête là. Mais sache qu’il existe encore beaucoup de pierres vivantes. Au fond de la fontaine de Margate se trouve une pierre blanche, la pierre du déluge, qui déclenchera l’inondation du pays entier si on la sort de l’eau. Quant à la pierre de la fin du monde, elle se trouve à Dol-de-Bretagne : il s’agit du menhir de granit rose du Champ-Dolent, qui disparaît progressivement sous la terre. Cinq mètres se sont déjà enfoncés sous terre et la fin du monde interviendra lorsque la pierre sera totalement ensevelie. Maintenant, Korr et moi allons te présenter quelques habitants de Féerie.
- J’ai cru comprendre que je ne tombais pas à point nommé ?
- Effectivement. Viens, nous allons te montrer. Tu peux emmener ta chose, dit Korr en se tournant vers Jack avec un air de mépris dans les yeux.

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Après une heure de marche, Korr s’arrêta. Sirrah souleva une énorme feuille et là, sous les yeux ébahit d’Edouard, apparue une petite clairière toute baignée de lumière et envahie d’oiseaux multicolores. Au centre, un immense chêne, véritable palais éclairé de mille et une lumières.
Un être de petite taille avec une paire d’ailes dans le dos s’approcha d’eux et se mit à tournoyer dans les aires. Edouard la suivit jusqu’à une marre. Et là, quelle ne fut pas sa surprise ! Plusieurs groupes de fées faisaient frénétiquement des cercles, sur l’eau et sur l’herbe, éclaboussant de poudre de fées nénuphars et fleurs. Des êtres ressemblant fortement aux korrigans, quoique plus gros et avec des joues bien plus rouges, se pressaient autour de gros chaudrons. Un air de panique semblait avoir gagné tout ce petit monde.
- Nous devions nous marier Korr et moi, expliqua Sirrah, mais Gaby a disparu. Depuis, la folie semble s’être installée dans tout le royaume. Avant de t’expliquer, je vais te présenter mes amis. Voici Elfia et Gernolf.
- Nous, les fées, commença Elfia, sommes des élémentaires de la nature. Nous avons souffert de l’arrivée de la nouvelle religion. Les gens ont commencé à nous oublier. Dès qu’un enfant cesse de croire en nous, il y a quelque part une petite fée qui meurt. Nous avons trouvé refuge près des fontaines enchantées et dans les forêts reculées. Nous attendons la nuit pour sortir. Nous avons de nombreux pouvoirs magiques comme celui de nous transformer à notre guise en animal, en être humain ou en élément de la nature. Nous vivons au creux des arbres, dans la demeure des animaux ou dans les fleurs dont nous pouvons prendre l’apparence dès que l’on aperçoit un humain.
Nous aimons ce qui est beau et qui brille ; est pourquoi des humains arrivent à nous attraper. Il existe des pièges à fées qui consistent à mettre à la vue de tous un magnifique bijou. Ne pouvant y résister, nous sortons de notre cachette et pouvons alors nous faire prendre. Nous adorons danser sous la lune. Les cercles de fées sont les seules traces que nous laissons sur notre passage. Si tu en découvres un, je te conseille de te mettre en son centre et de formuler un vœu. Nous laissons dans nos danses tomber un peu de poudre. Si quelques grains de poudre de fées restent, tu auras la chance de voir ton vœu se réaliser.
- Nous, les Leprechauns, coupa Gernolf, aimons beaucoup les petites fées, surtout celles dans le genre d’Elfia.
- Que dirait ton roi sur ta façon de te comporter avec moi !
- Ne fais pas l’offensée Elfia, je suis sûr que tu ne serais pas contre si je te faisais quelques propositions.
Sous le regard courroucé de la fée, Gernolf ne pu retenir un éclat de rire.
- Très bien, reprenons. Où en étais-je… ? Ah, oui. Nous avons la particularité de posséder une canne magique qui nous permet de faire apparaître un arc-en-ciel par lequel nous nous déplaçons d’un lieu à un autre. Nous sommes également très rapides à la course malgré notre corpulence. Nous ressemblons énormément à nos cousins korrigans mais nous avons un pouvoir qu’ils n’ont pas : celui de permettre aux hommes de réaliser un de leurs vœux. Si un homme a été agréable avec nous, nous lui offrons une pièce d’or qu’il conservera aussi longtemps qu’il le souhaite. Quand lui viendra l’envie de faire un vœu irréalisable, il devra serrer sa pièce d’or et faire ce vœu. La pièce disparaîtra pour rejoindre notre chaudron géant et son vœu se réalisera. Que te dire d’autre ? Tout bon Leprechaun qui se respecte porte du vert en toutes circonstances. Nous sommes très attachés à notre mère l’Irlande et c’est pour lui prouver notre respect que nous portons sa couleur ! Nous avons pour principale activité d’être cordonnier. Certains disent que nous ne faisons qu’une chaussure par paire ou bien que nous ne nous occupons que de nos souliers à boucles. C’est bien mal nous connaître ! Nous aimons le travail bien fait et faisons nos paires de chaussures jusqu’au bout. Mais il est vrai que si un homme nous a manqué de respect, nous avons tendance à ne lui réparer qu’une chaussure sur les deux.
- Assez parlé de toi, lança Elfia. Nous avons un problème important à régler. As-tu déjà entendu parler du cheval enchanté, Edouard ?
- Je crois avoir lu cette légende quelque part, sur une carte postale peut-être…
- « Certains soirs, sur la lande de Bretagne, il arrive que l’on rencontre un cheval. Il est seul. Parfois, il galope, mais le plus souvent il vous regarde paisiblement. C’est un homme de Dieu, condamné à errer sans cesse. Evadé du Château du Diable, il est ensorcelé. Au lieu de crottins, il laisse derrière lui des Louis d’or », récita Sirrah. Mais le problème est que ce n’est pas une légende. Ce cheval, Gaby, est bien réel.
- Je ne vois pas où est le problème. J’aimerai bien tomber sur un Louis d’or, rêvassa Edouard.
- Gaby a disparu, expliqua Elfia. Plus personne ne trouve de Louis d’or. Les humains, dépités, se tournent vers les fées et les leprechauns. Nous sommes débordées et en rupture de stock de poudre de fées. Quant aux leprechauns, ça leur fait un peu de travail pour changer ! Mais tout de même, ils ne peuvent pas satisfaire tout le monde. Il y a même des grèves qui commencent à s’étendre dans tout le royaume. Les lavandières et l’Ankou réclament des congés payés !
- Vous allez un peu vite pour moi. Les lavandières me disent quelque chose, mais pour l’Ankou, je sèche.
- Tu as de la chance, la nuit tombe. Tu pourras le rencontrer.
- Mais avant, buvez ça, leur lança un korrigan en leur tendant des chopes pleines de bière. Il y a un proverbe gobelin qui dit que plus onctueuse est la mousse, meilleure est la bière. Et il a tout à fait raison !
- Je ne bois jamais de bière…
- S’il y a bien une boisson dont le Petit Peuple raffole, c’est la bière. Tu ne peux pas te permettre de froisser Féerie. Tout le monde croit que la bière a été inventée par un gobelin mais en réalité c’est par mon cousin irlandais, le Leprechaun Seanair Beag Dara. Il a cependant vendu la recette de sa fameuse boisson aux gobelins car il ne pouvait pas, disait-il, brasser cette foutue bière et la boire. Bien entendu, il préférait la boire. La bière des gobelins est un mélange de houblon et de malt, auquel on ajute une certaine quantité de trèfles et de feuilles de bruyère. Je te mets cependant en garde. Quoi qu’il arrive, ne goûte jamais les mets proposés par les fées, surtout ceux à base de bière. Ce ne sont, sous des dehors pour le moins alléchants, que des immondices les plus infs.

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Sur le chemin, Korr lui expliqua que si l’envi le prenait de se promener la nuit près d’un point d’eau, il devait éviter de répondre aux femmes qui y lavent leur linge. Ce sont les lavandières de la nuit.
- Je vais te parler d’elles sur le chemin qui mène à la demeure de l’Ankou. Tu ne les rencontreras pas car, même si elles sont en grève, il faut toujours se méfier d’elles. Elles sont faciles à reconnaître. Elles sont grandes, sèches, musclées et ont le teint blafard. Leurs cheveux sont si longs qu’elles s’en servent pour tisser les draps qu’elles lessivent. Elles essaient de nettoyer un linge qui n’est jamais et ne sera jamais propre car il porte le sang des personnes qu’elles tuent toutes les nuits, des pauvres malheureux innocents guidés par leur bon cœur ! Si toutefois tu réponds à leurs supplications, voila ce qu’il va t’en couter : la lavandière que tu vas aider va te tendre un linge humide et glacé qui rendra tes bras insensibles. Elle va alors se mettre à tourner son drap dans un sens puis dans l’autre pour l’essorer. Tu ne devras surtout pas regarder ses yeux car tu vas y voir un tourbillon qui va te faire perdre l’esprit et adieu ! Il faut surtout bien rester concentré sur les mouvements de ses bras et sur les tiens. Si tu veux t’en sortir, fais en sorte que le linge ne soit jamais tordu. Et essais de tenir jusqu’au levé du soleil car il les fait fuir. On te retrouvera épuisé, avec les os des bras brisés mais tu auras la vie sauve. Je n’y crois pas une seule seconde mais ça arrive ! Très rarement. Qui sont-elles ? On ne sait pas trop. Ce sont des fantômes, pour sûr ! Mais ce qu’elles ont fait exactement, on l’ignore. On dit souvent que ce sont les fantômes de femmes coupables d’infanticide ou du meurtre de leur mari. Elles doivent porter à vie, enfin à mort, le poids de leur faute. Elles doivent laver le linge de leur meurtre qui ne sera jamais blanc.
Ah, nous voici arrivés à destination, s’exclama le korrigan !
Une étrange demeure se présentait à eux. En tendant l’oreille, Edouard entendit un grincement terrible. Un homme apparu sur le seuil de la porte.
- Korr, s’exclama ce dernier ! C’est gentil de passer dire bonjour.
- Je te présente Edouard, je lui fais rencontrer les habitants du royaume.
- Tu tombes bien mal, jeune homme. Gaby se paye du bon temps et nous devons continuer de travailler ? C’est à peine croyable ! Bon, pour ce soir, je veux bien faire une exception.
- Mais qui êtes-vous en fait, demanda Edouard ?
- Je suis le serviteur de la Mort. Mon rôle est de collecter les s. Chaque année, le dernier des morts devient l’Ankou. Le corps change mais pas l’allure. J’aurai toujours mon grand chapeau noir et ma cape. Sans oublier ma fidèle amie, ma faux. Sans elle, pas de collecte ! J’en prends grand soin, elle coupe mieux qu’une lame de rasoir.
La lame n’est pas dans le sens habituel, comme tu peux le remarquer. Son tranchant est vers l’intérieur pour mieux attraper les s. Suis-moi, je vais te montrer !
Quelle horreur ! Edouard ne voulait pas voir ça mais ne pouvait refuser de peur de le contrarier. Il se décida à le suivre, accompagné de Korr, tout souriant. Tous les trois se dirigèrent vers la charrette et Edouard monta dedans avec la peur au ventre. Les chevaux commencèrent à avancer. Ils n’avaient de chevaux que leur nom. Ils ressemblaient plus à des cadavres de chevaux. Le grincement reprit de plus belle.
Au bout d’une heure de route passée à discuter, ils s’arrêtèrent. L’Ankou déroula une longue liste, pointa son doigt vers elle et lança « C’est ici ».
Il descendit de la charrette, Edouard sur ses talons, et se dirigea vers une maison. Les Portes entre les deux mondes sont parfois très minces. Il frappa à la porte mais personne ne répondit. « Comme d’habitude !» Il passa sa main au travers de la porte et, quand elle en ressortit, apparue au bout de son bras une forme fantomatique qui ressemblait à un homme. Tout de suite derrière, la porte s’ouvrit et le corps de l’homme apparut tenant son par un long fil de lumière.
« Ton heure est venue !» Et de son bras cadavérique, il lança sa faux. En se tournant vers Edouard, il lui dit : « Tu comprends pourquoi la lame est montée à l’envers !"
Il fit signe que oui. Et là, sous ses yeux, le corps de l’homme tomba raide mort. Tandis que l’ s’envola paisiblement vers la charrette.
- Voilà, notre première rencontre se termine ici. A dans quelques années !
Et à l’intention de Korr :
- On se voit la semaine prochaine pour un golf !

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Edouard se réveilla le lendemain matin avec un violent mal de tête. Il avait fait un étrange rêve tout de même ! C’est alors qu’il aperçut la petite fée de son rêve penché au dessus de lui.
- Nous avons longuement réfléchi sur ton cas, lui dit-elle. Voudrais-tu nous aider à retrouver Gaby ? Nous sommes passés chez lui, il y a quelque chose d’étrange.
Edouard accepta immédiatement en se disant qu’il n’aurait pas à retourner travailler aujourd’hui.
- Tu as accepté, lança Korr ! Nous avons découvert des rubans de soie chez Gaby. Ils ne peuvent appartenir qu’à Katell Gollet.
En prononçant ce nom, un frison parcouru Sirrah et Elfia.
- Katell Gollet, expliqua Korr, est le diable en personne. C’était une belle jeune fille de 16 ans qui vivait dans le château de son oncle, à la Roche- Maurice, près de Landerneau.
Sa beauté, malheureusement, n’avait d’égale que la perversité de son esprit. Le comte, voulant se décharger de cette lourde tutelle, espérait bien pourtant lui trouver un mari qui prendrait soin de la raisonner. Néanmoins, la belle préférait se livrer aux plaisirs de la danse et de la fête plutôt que de songer au mariage. Pour contrer son oncle, elle usa d’un subterfuge, lui faisant déclarer qu’elle épouserait tout homme capable de la faire danser douze heures d’affilée. Nombreux furent les jeunes gens du comté à tenter leur chance. Mais elle les épuisait tant que certains, morts de fatigue, ne voyaient pas le jour suivant.
L’hécatombe était telle que son oncle l’enferma dans une des tours du château. Mais Katell s’en échappa et se rendit au pardon de la Martyre accompagné d’un nouveau cavalier. Les danses s’enchaînèrent, les deux danseurs s’en donnant à cœur joie. Mais le jeune homme non plus ne résista pas à l’infatigable Katell qui, prise dans le feu de la danse et de l’alcool, invoqua les puissances de l’enfer demandant de nouveaux musiciens. C’est ainsi que le diable l’entraîna dans une gigue infernale et lui fit ainsi franchir les portes du royaume des damnés.
Les amis, suivis de Jack, arrivèrent à Plougastel-Daoulas. C’est ici que la jeune fille est représentée, sur un calvaire dans la gueule de l’enfer.
Une très belle jeune femme apparue devant eux.
- Je suis Katell, dit-elle en voyant l’air surpris de ses visiteurs. Que me voulez-vous ?
- Nous recherchons le cheval enchanté.
- Gaby est un de mes seuls amis, il devait me rendre visite hier mais je l’attends toujours.
Il ne faut pas croire toute les légendes, je ne suis pas la réincarnation du diable. Je découvris Féerie à 25 ans et franchie ses Portes. Je ne pus partir de cet Autre Monde si merveilleux. Pour se venger, mon oncle inventa cette histoire et fit dresser ce calvaire. Ce mensonge ne me quitte plus malheureusement.
- Veux-tu nous aider à le retrouver, demanda Edouard ?
L’odeur de Katell lui fit l’effet d’une profonde inhalation d’essences de lierre, de mousses et de digitales mouillées. Dès qu’Edouard l’a aperçu, il a été hypnotisé. Il a su que son destin se jouait en cet instant précis, qu’elle était la mystérieuse pièce du puzzle qui manquait à son bonheur. Des coups de foudre, il en existe des milliers. Tous racontent la même chose. Une rencontre soudaine et violente qui projette les amoureux sur une autre planète où émotions, sensations et désir sont à leur paroxysme. L’effet de surprise court-circuite la réflexion et sidère la pensée. C’est comme un choc physique. Un coup sur la tête qui change les couleurs, les formes. On ne contrôle plus rien, on est propulsé sur orbite sans cesser de tourner. En un instant, les amoureux se sentent seuls au monde, sans repères. Une brûlure intense – une merveilleuse douleur – les consume. « Love at first sight », disent les Anglo-Saxons : « l’amour au premier regard », le bonheur à l’état pur. C’est un mélange d’aspects fascinants et effrayants, une mise en magie du destin, un brusque condensé des rapports de la vie et de la mort. L’autre nous touche car, soudainement, il nous apporte ce qui nous manque.
Une bande de choucas vint soudainement jacasser sur un proche muret de pierres, à moins qu’il ne s’agisse d’une nuée de Sluaghs en maraude déguisés en corbeaux pour mieux tromper le monde. Ce qui n’était pas rare au voisinage d’une Frontière. Peut-être rigolaient-ils de leurs exploits : des charrues qu’ils avaient emportées, des paysans qu’ils avaient arrachés de leurs attelages et abandonnés à des centaines de milles plus loin durant leur chasse aérienne par-dessus les champs et les villages.
- Peut-être devrions-nous nous rendre au Château de Diable, évoqua Korr. Il est peut-être retourné là-bas.

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Sur la route de Compostelle, la via Podiensis traverse un village au confluent de la Sagne et du Célé. Accroché à la haute falaise qui le domine les pèlerins peuvent apercevoir les ruines d’une forteresse. Les archives locales nous disent que celui-ci fut reconstruit par Waïffre, seigneur d’Aquitaine au VIII siècle. Dans les fermes, à la veillée, quand les paysans se retrouvent près du cantou pour le dénoisillage, ils racontent de biens étranges histoires !
Ils disent que parfois les nuits de pleine lune, une chèvre blanche apparaît aux promeneurs téméraires gambadant dans les rochers. Ils disent aussi que les murs parlent aux curieux qui osent s’approcher des ruines. C’est ainsi que l’histoire de Mariette, une jeune paysanne, circule de maison en maison.
Mariette habitait dans une chaumière, en compagnie de ses parents et de sa grand’mère. Ils vivaient de peu, travaillant pour le seigneur, faisant régulièrement les corvées et apportant au maître le produit des récoltes. En cet hiver de l’an 745, les temps sont durs : les moissons ont été maigres et la cueillette des châtaignes n’a pas rempli le coffre, les chèvres n’ont guère de lait. L’angoisse du long hiver à venir pèse lourdement sur la famille. Une vilaine toux accable l’aïeule déjà paralysée, les privations l’affaiblissent et la jeune fille cherche le moyen de lui redonner des forces. Elle sort et emprunte le sentier escarpé qui mène au domaine. Au château, la fête de Noël bat son plein. Dans la plus grande salle éclairée par les flammes de la cheminée, le seigneur et ses compagnons d’armes dans leurs plus beaux atours, font ripaille. Les nombreux plats se succèdent, rires et badinages résonnent, une longue nuit joyeuse s’annonce. Soudain la porte s’ouvre : un archer pousse devant lui la jeune bergère apeurée. Vêtue de hardes, pieds nus, elle est cependant très belle. Les yeux des hommes brillent, le vin servi en abondance a échauffé les esprits.
- - Qui es-tu? Que puis-je faire pour toi demande le suzerain.
- - Je suis la petite fille de Jeanneton, j’habite près du ruisseau, ma grand-mère va mourir si vous ne l’aidez!
- - Belle enfant, approche que l’on te voie mieux!
- - Tremblante, Mariette avance lentement.
- - Belle enfant, j’aiderai la vieille, te couvrirai de bijoux et tu seras ma maîtresse!
L’homme s’avance, les mains tendues pour l’enlacer, une lueur lubrique dans les yeux. Les convives ricanent, Mariette comprend l’intention du seigneur, elle veut s’enfuir mais la porte est fermée. Paniquée, elle ouvre la fenêtre et se jette dans les eaux glacées et tumultueuses du Célé.
Dans le silence qui suivit on entendit un faible cri et la rivière engloutit l’enfant. Jamais on ne retrouva son corps. On dit que deux anges conduisirent au ciel l’ pure de la bergère. Au matin des hordes venues d’on ne sait où, envahirent la contrée. Terreur et désolation régnaient dans les campagnes. Gardes et guerriers périrent et le seigneur vit sa forteresse brûler. Lui-même frappé à mort, fut jeté dans le Célé. Le château s’appela désormais château du diable.
C’est depuis cette époque, par les nuits de pleine lune que l’on peut parfois apercevoir une chevrette blanche, tout en haut dans les rochers. On ne sait d’où elle vient, on ne sait où elle va, nul ne peut s’en approcher
Est-ce l’ de Mariette qui revient hanter les lieux d’où elle s’est envolée, un soir de Noël?
Le duc essaya de contenir l’invasion sarrasine et s’opposa aux francs barbares de Charles Martel puis de son fils Pépin le Bref. En 745 Waïffre reconstruisit la forteresse.

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Elfia proposa plutôt de retourner chez Gaby et de chercher des indices. Proposition qui fut aussitôt acceptée. Personne n’avait envie de se rendre au Château du Diable.
Il régnait un considérable désordre quand Edouard, Korr, Elfia, Sirrah, Katell et Jack pénétrèrent dans la demeure du cheval enchanté. Foin, pommes et carottes étaient dispersés dans toute la stalle comme si il y avait eu une lutte.
Sirrah poussa soudain un cri strident. Elle venait de découvrir une poignée de crins noirs.
- Je ne connais qu’une créature de Féerie possédant de tels crins…seulement ce n’est qu’une légende, elle n’existe pas !
- Sirrah, lui dit Edouard, tu es aussi une légende. Qui que soit cette créature, je suis sûr qu’elle existe.
- C’est une licorne noire, expliqua Korr. La terrible Licorne Noire est la plus maléfique des licornes. Sa robe est d’un noir de jais, tout comme ses crins, tandis que ses yeux sont d’un rouge brûlant.
La corne de la licorne noire, tout aussi noire que son poil, est empoisonnée. Toute personne touchée par cette corne est paralysée et risque l’arrêt cardiaque.
Sa gueule est dotée de deux rangées de petites dents effilée.
La licorne noire est carnivore et, de plus, cette espèce possède l’habitude de commencer à se nourrir alors que ses proies ne sont pas encore mortes.
Vivant dans les forêts, elle se consacre à souiller et à détruire son environnement autant que possible.
Mais nous n’en avons encore jamais vu, c’est pourquoi personne n’est sûre qu’elle existe vraiment.
- Il faut se mettre à sa recherche, déclare Katell, je ne laisserai pas Gaby dans ses maléfiques sabots.
Les six amis se préparèrent pour un long voyage. Ils emportèrent nourritures, bières et whisky.

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L’hypothétique demeure de la licorne noire se trouvait au cœur de Brocéliande. Les amis devaient tout d’abord traverser le Pont du Secret.
C’est au pied de ce pont enjambant l’Aff que le chevalier Lancelot et la reine Guenièvre se seraient avoués leur amour. Le roi Arthur, au faîte de sa gloire, choisit Guenièvre pour épouse. Il dépêche son meilleur chevalier, Lancelot du Lac, pour escorter la jeune femme au travers de la forêt de Brocéliande, jusqu’à Camelot pour les noces. Ils chevauchent côte à côte, et sur le Pont du Secret, Guenièvre ose demander à Lancelot : ’Seigneur qui est ta Dame ?’
Et c’est là que Lancelot lui répond : ’C’est vous ma Reine et pour l’éternité...’
Ils prirent ensuite le chemin en direction du Château de Comper. Comper était la demeure de Viviane où fut élevé Lancelot. Le Grand Étang cache aux yeux des curieux le château de cristal construit par Merlin pour sa belle élève. On dit que c’est le Lac de la Fée Viviane…
Leur route les conduisit au Miroir aux Fées. C’est un lac où cinq fées ont vécu à l’intérieur en jurant l’une a l’autre quelles ne regagneraient pas la surface, jusqu’au au jour où l’une d’entres elles tomba amoureuse d’un mortel. Les autre fées les virent et décidèrent de tuer l’homme. Quand la fée revint au lac elle devina ce que les autres avaient fait et elle les tua. Elle resta à dès lors à l’intérieur. Maintenant, si une fée voulait lire l’avenir elle devait payer son droit avec un grain de blé. Le nom de miroir lui a été donné car la forêt qui l’entourait était tellement dense que le vent n’y passait pas, rendant la surface de l’eau tout à fait immobile.

------------------------

Les amis s’attendaient à découvrir une demeure du chas, encerclée de flamme répandant autour d’elle une odeur de cendre et de mort.
Ce qu’il découvrir ressemblait à une petite chaumière. Une allée bordée de roses menait à la porte d’entrée. Nouées aux rubans de brume s’entremêlaient des odeurs de sous-bois, de fougères et de tourbe fumée qu’Edouard aurait aimé garder emprisonnées dans un flacon de verre. C’eut été capturer un peu de charme distillé de ces fées farouches qui régnaient sur les légendes.
Le déboucher ensuite, en verser quelques gouttes sur le papier aurait permis d’ajouter la fragrance magique à ses souvenirs. De rendre plus réelles encore ces images, ces fragments d’existences dérobées à l’Ailleurs.
Edouard se pencha sur une vieille pierre effeuillée par le temps, toucha du bout des doigts les lettres gravées à moitié rognées par les ailes du vent, à moitié effacées par les lichens et les mousses vert de gris, gris de rouille, vert de souffre et d’infinis.
Chez Lucien Kirk,
La licorne noire
- Nous y sommes, mais cela ne ressemble pas à l’idée que je me faisais de chez la Licorne noire, déclara Korr.

----------------------------

Un cheval et une magnifique licorne noire apparurent sur le pas de la porte.
- Korr, Sirrah, s’exclama le cheval enchanté ! Je ne m’attendais pas à vous voir !
- On te cherche partout depuis des jours, s’énerva Elfia.
- Je suis parti quelques jours chez mon ami Lucien, dit-il en se tournant vers la licorne. Je voulais peaufiner le cadeau de mariage que je destine à Korr et Sirrah.
Tu n’as pas reçu mon mail, Katell ?

Le Whisky et la bière coulèrent à flot toute la nuit. Le Petit Peuple avait découvert en Katell et en la Licorne Noire deux nouveaux amis.

--------------------------

Six mois plus tard…
Edouard poussa les lourds portants d’acajou qui donnaient accès à sa librairie. Il pressa un commutateur. Les rampes de cuivre à l’ancienne qui éclairaient es étagèrent autour de la salle s’allumèrent, révélant des rangées de vieux livres et de manuscrits. Edouard respira avec délices l’odeur de vieux cuir, comme s’il se fût s’agit d’un air frai aux essences balsamiques.
Finalement, sa mère n’avait pas si mal pris son départ de la société. Il n’avait pas les épaules assez solides pour en assurer la direction. Il passerait désormais ses journées auprès des livres, dans cette odeur de bois et de vieux papiers qu’il aimait tant.
Cependant, il n’arrivait pas à chasser l’image de Katell de son esprit. Il aimerait tellement la revoir. Ce qu’il ressentait le déstabilisait. Elle lui manquait, il ne supportait pas son absence, il la cherchait du regard dans la rue, elle était dans sa tête chaque fois qu’il relevait les yeux de ses livres. La reverra-t-il un jour ? Il se consumait un peu plus chaque instant dans cette incertitude. Le doute n’était plus permis et pourtant il doutait ... Jouir de chaque instant lui paraissait alors impossible car cette attente lui rongeait l’esprit.
Le carillon de l’entrée tinta, et la porte s’ouvrit. Edouard se figea, Katell venait d’apparaître devant lui…
Mar 17 Nov 2009, 21:33 par Elixane sur Mille choses

Glace, chocolat et autres compensations...

Je suis femme
Dans mon corps et dans mon .
Je suis feu et flamme.
Je peux te décrire toute une gamme
De ce que je te ferais pour que tu te ps.
Je peux t’écrire toute une trame
Des coins sombres de Paname
Je suis à la fois bohème et glam’
Je suis à la fois une sauvage et une dame.
J’aimerais tellement te dire mes pensées quand je te regarde... Miam !
Je pourrais. Mais j’ai trop peur que tu me blames.
Alors, je me tais et ouvre une nouvelle plaquette de chocolat aux noix de macadam...
Mar 17 Nov 2009, 20:10 par Asma sur L'amour en vrac

Liberté infinie de l'amour

Présence invisible qui comble nos manques
Vibration de notre coeur qui réchauffe l’être
Main qui dessine le contour de notre
Souffle qui emporte notre imaginaire
Au pays de la tendresse
Regard qui dépasse notre vision
Instant unique qui se répète mais jamais pareil

Coupdecoeur
Lun 16 Nov 2009, 08:33 par coupdecoeur sur L'amour en vrac

Pas de retour. chapitre 5 (première partie)

Chapitre 5

Comme convenu le groupe se retrouva à la réception. Un employé de l’hôtel leur avait gentiment indiqué la direction d’un restaurant typique du coin, sur Geylang road. Il ne leur fallut que cinq minutes pour aborder la voie en question.

Les rues étaient noires de monde. Des shop houses se dressaient de chaque côté de l’artère, la plupart abritant un restaurant au rez-de-chaussée. Une foule bigarrée se bousculait devant les multiples échoppes, dans l’attente de se décider à s’installer à une table ou de voir plus loin si les offres étaient plus alléchantes.

Tout en marchant, Arthur s’amusait à observer cette cohue multiraciale.Grâce aux effluves émanant des cuisines offertes au regard du public, son appétit commençait à s’aiguiser : satay, curry, laksa, fondue chinoise, barbecue ou soupe improbable ; c’était un véritable festival de couleurs les plus variées et d’odeurs chatoyantes. Soudain, il vit Victor revenir en courant vers le groupe en se bouchant grossièrement le nez.
- Qu’est ce qu’il y a, Victor ?, demanda Ali.
- Pouah ! 10 mètres plus loin, ils vendent chais pas quoi qui pue le vomi !
Les cinq voyageurs se dirigèrent vers une étale placée à une intersection. Imposante par sa taille, elle était remplie de ce qui semblait être des fruits. En s’approchant, ils purent constater que Victor n’avait pas exagéré. Une véritable odeur de degeulis submergea leurs narines. Mathilde s’arrêta net et mit les mains sur son nez. Arthur regarda autour de lui et fut étonné de voir que personne, à part les membres du club, ne semblait gêné par la puanteur. Patrick entama une discussion avec un des marchands malais, tandis que les autres s’activaient afin de servir leurs nombreux clients. Lorsqu’il revint vers le groupe resté en retrait, il expliqua :
- Ce que vous voyez là – et qui sent si bon – c’est des durians. Un fruit qu’on ne trouve qu’en Asie du sud-est. Il paraît que c’est délicieux !
Les autres le regardèrent, les yeux ronds d’incrédulité.
- Le vendeur m’a dit, continua le coach, qu’ici, le durian équivaut - en termes de réputation culinaire - à la truffe ou au caviar chez nous ; même si ce n’est pas aussi rare et cher. Pour apprécier sa chair, il faut faire abstraction de « l’arôme » et là, c’est un petit Jésus en culotte courte. L’expression n’est pas de lui mais vous voyez ce que je veux dire... Etonnant, hein ? Il m’a gentiment offert d’en goûter, en précisant que ses durians venaient tout droit de Thaïlande et que c’était les meilleurs dans tout Singapour. C’est pour ça que tout le monde se précipite chez lui, comme vous pouvez en juger par vous-mêmes…
- Et t’en as goûté ? demanda Mathilde
- Euh… Une autre fois peut-être, sourit Patrick. Allez, on continue ?

Apres s’être éloignés du marchand de « délices » de l’Asie du sud-est, ils trouvèrent le fameux restaurant dont leur avait parlé le réceptionniste de l’hôtel. Il s’agissait d’une autre fameuse shop house, ouverte sur la rue. De grandes tables occupaient la façade. A l’intérieur se trouvait la cuisine ou s’affairaient un vieux couple et deux adultes dans la force de l’âge, tous Chinois. Patrick et ses élèves s’installèrent, pas très rassurés malgré l’agréable fumet qui emplissait l’air. Un serveur leur tendit un menu avant de débarrasser une table à côté. Devinant qu’ils étaient touristes et voyant leur embarras, un client de la shop house s’approcha et leur proposa de les aider. Ils en furent ravis. Grâce à cette charitable, il commandèrent une grande variété de plats qu’ils partagèrent au fur et à mesure de leur apparition : poulet au gingembre, riz de Hainan, bœuf sauté aux champignons, crabe sri lankais au poivre noir, baby kai lan à la sauce d’huître et côtes de porc au poivre et sel. Le tout était arrosé d’un excellent thé rouge. Pendant le repas, ils s’étaient amusés à juger qui maniait le mieux les baguettes. Ils étaient assez fiers de leur prestation menée sous le regard amusé de la clientèle locale et des serveurs.

Pendant que Patrick réclama l’addition, Mathilde se leva pour demander où se trouvaient les toilettes. Le serveur lui expliqua qu’il n’y en avait pas dans le restaurant mais qu’elle pouvait utiliser celles du centre commercial, situé sur l’autre trottoir. Elle s’excusa auprès de ses compagnons et traversa prudemment la rue. Elle entra dans le « mall » et apprécia la fraîcheur apportée par l’air conditionné. Elle vit le panneau indiquant la direction des « ladies » et s’y rendit. Avant d’ouvrir la porte, elle entendit des coups sourds, accompagnés de gémissements. Intriguée, elle pénétra. Ce qu’elle aperçut la sidéra.Un homme s’acharnait sur une fille, asiatique, en la rouant de coups de pied. Torse nu, les muscles de son dos, fins et fermes, se contractaient à chaque coup qu’il portait sur la créature à terre, en position du fœtus, essayant vainement de se protéger. Sentant une présence derrière lui, il se retourna promptement. Mathilde tressaillit en voyant l’agresseur : jeune, de taille moyenne, le regard noir rempli de haine, les lèvres menaçantes, le visage anguleux et osseux, le crâne rasé qui exposait une large cicatrice partant du front pour finir vers l’oreille droite. Son corps, sombre, était couvert de sueur. Il était taillé en V, faisant apparaître des abdominaux et des pectoraux saillants. Pendant que sa victime continuait de gémir de douleur, il s’adressa à l’intruse :
- Qu’est-ce que tu fous ici, salope ? Tu veux la remplacer ?
Mathilde resta interdite.
- Casse-toi, sale chienne ! Ou je t’envoie au turbin à sa place !, continua-t-il avant de l’insulter en malais.
La Française se ressaisit.
- Pourquoi tu t’attaques à elle comme ça, espèce de lâche ? répliqua-t-elle en montrant l’Asiatique, mal en point.
Le malais, sans crier gare, se propulsa vers Mathilde qui eut le réflexe d’ouvrir la porte derrière elle. Alors qu’elle sortait précipitamment en refermant, un choc fit trembler les murs. Prise de panique, elle courut dans le centre commercial, à la recherche d’un policier ou une vigie. Elle remarqua un garde vers l’entrée du « mall ». Celui-ci, reconnaissable à sa chemise blanche estampillée du logo de la compagnie de sécurité, la regarda, inquiet, se précipiter vers lui. Elle s’adressa au vieil indien, ayant visiblement dépassé l’âge de la retraite. De façon décousue, Mathilde lui expliqua ce qu’elle avait vu et vécu dans les toilettes pour dames et lui demanda d’intervenir. Le pauvre homme - qui, malgré sa fonction, semblait n’avoir jamais été confronté à ce type de situation - parut dépassé par les évènements et feignit de ne pas comprendre. Mathilde, qui ne pouvait contenir ses larmes de rage et de peur, décida de laisser tomber et se précipita dehors. L’indien la suivit du regard, éberlué et sûrement soulagé.

Apres avoir traversé la rue sans prêter attention au trafic, elle fonça vers ses amis.
- Mathilde !, fit Patrick en se levant d’un bond. Qu’est-ce qui se passe ?
Arthur réagit tout de suite et entoura instinctivement sa petite amie, comme pour la protéger. En quelques mots, elle expliqua les raisons de son état au groupe.
- Bon ! Ali, tu essayes de trouver un policier et tu restes avec Victor. Nous trois, nous allons voir ce qui se trame là-bas.
Ali demanda à un des clients, qui observait l’agitation des Français, comment il pouvait contacter la police. Le Chinois prit son portable et composa le 999 avant de le lui passer. Au bout de deux sonneries, le service d’urgence décrocha. Brièvement, Ali expliqua la raison de son appel après avoir décliné son identité. A la demande de son interlocuteur, il donna le nom et l’adresse du restaurant. Le fonctionnaire de police le remercia et lui assura qu’une équipe d’intervention arriverait dans les cinq minutes.

Le vieux vigile indien eut à peine le temps de reconnaître la jolie adolescente qui l’avait interpellé peu de temps auparavant. Elle courait, accompagnée de deux autres personnes. Il se décida à les suivre. Patrick se rua dans les toilettes, suivi d’Arthur et de Mathilde. L’Asiatique gisait par terre, à demi consciente. L’Indien apparut sur le seuil et, voyant la scène, se mit à pousser des cris en se tenant la tête. Il repartit aussitôt. Patrick s’agenouilla et se pencha vers la blessée :
- Mademoiselle ! Où avez-vous mal ?
Elle poussa un gémissement pour toute réponse.
- Elle a l’air d’être salement amochée, constata l’entraîneur, tout haut. J’espère que la police va se pointer dare-dare.
A peine eut-il fini sa phrase, 3 policiers en uniforme apparurent, accompagnés du brouhaha des conversations transmises par leurs radios. Ali et Victor suivaient. L’un des fonctionnaires appela tout de suite une ambulance tandis que ses collègues se penchèrent vers la fille. Mathilde regardait avec horreur son visage à la fois tuméfié par les coups et barbouillé par un maquillage trop lourd qui avait cédé aux larmes et à la douleur. D’autres officiers, arrivés en renfort, balisaient les lieux tout en repoussant la foule de curieux.

Apres que deux brancardiers eurent emmené la victime, le responsable de la patrouille expliqua à Patrick qu’ils devaient attendre l’arrivée d’un inspecteur qui les interrogerait en tant que témoins. En patientant, Patrick, avec l’aide d’Arthur et d’Ali, faisait son possible pour calmer Mathilde et Victor, choqués.
Lun 16 Nov 2009, 07:28 par Arthis sur Mille choses
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Ecrire sur âme

Ecrire sur âme La biche et l'homme, Cette chose, Oiseaux de feu, Un sourire divin ?, Fragilité, Par une pluvieuse nuit d'hiver, Tout pour un sourire, De l'huile, une bougie et un homme : l'arme fatale, Rencontre avec un ange..., Quand les mots se perdent..., L'arbre de mort, Les portes de féerie, Glace, chocolat et autres compensations..., Liberté infinie de l'amour, Pas de retour. chapitre 5 (première partie),
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