Paula, la toute, toute première fois...

En ce début d’août, j’avais 13 ans : on m’en donnait 15 et plus ! Je mesurais déjà un mètre soixante quinze, et mes soixante cinq kilos n’étaient qu’os et muscles ! J’avais tout fait pour çà : Pour vaincre ma peur des coups à l’école, un cousin m’avait donné des leçons de ‘savatte’ la boxe française, en m’indiquant toute la préparation physique qui va avec. Je m’y livrais quotidiennement depuis des années…

Transformé physiquement, j’avais un air décidé, mais qui cachait ma timidité naturelle et mes incertitudes face à la vie. J’étais travaillé par une libido précoce, exacerbée par certaines approches avec Gina, mon premier ‘flirt’. Et aussi par l’écoute des rodomontades de Copains d’école, plus âgés, qui se disaient très avertis, je n’avais qu’une idée : concrétiser moi aussi…

Pendant ces vacances d’été, en plus de l’aide que j’apportais à l’entretien de notre jardin, mon père m’avait obtenu d’arroser trois jardins voisins en plus du nôtre : De quoi m’acheter un vélo neuf pour ma rentrée scolaire.

Et dans l’un d’eux en août, sont arrivés les propriétaires et… Paula !
Paula, c’était une petite bonne comme on les appelait alors ! elle s’est mise à venir ‘me tenir la jambe’, expression imagée de l’époque, et je l’ai d’abord trouvée‘casse-pieds’ ! A mon corps défendant j’ai appris qu’elle avait 31 ans ( Une femme ‘mûre’ pour moi ! ) Qu’elle était Tchèque, arrivée là du fait de circonstances extraordinaires, et malgré ses efforts, elle se faisait comprendre en Français même si elle était encore fâchée avec la grammaire et les nuances de notre langue !

Ce n’était pas une beauté de catalogue, mais si j’avais eu son âge ou plus, je l’aurais trouvée ‘pas mal’ ! Petite, assez… dodue ( ! ) Le assez rond et un peu poupin. Des yeux noirs, très vifs. Une bouche pulpeuse, et des petites dents très blanches qui m’a fait apprécier ses sourires… Cheveux noirs et lisses, soigneusement nattés. Une peau laiteuse qu’elle n’avait pas le temps d’exposer au soleil ! Une poitrine que je jugeais conséquente et appétissante car visiblement pas enfermée dans un soutien gorge sous la blouse fine de travail, qui plaquait aussi des fesses rebondies qui m’ont fait loucher plus d’une fois…

« Petite cause grands effets » pendant ses créneaux de repos, elle ne sortait pas, le justifiant pas :
-Dehors, des sales types pas respecter Paula…
Et ensuite :
-Patronne prête son vélo, toi m’apprendre à quatre (16) heures ?

Dés lors, vous pouvez imaginer la scène : Elle en perdition, comme ‘une poule qui a trouvé un couteau’ perchée sur ce vieux ‘tacot’, dans les allées cimentées du jardin. Moi, tenant le guidon d’une main, et l’autre sous la selle. Elle, collée à moi en gloussant, alors que j’essayais de l’équilibrer…
Après midi brûlant, phéromones de son corps en sueur ? j’étais bien sûr en érection quasi douloureuse !
Je m’étais lancé ce défi d’en ‘niquer’ une ( mots de là bas ! ) à la première occasion. J’ai commencé par me dire :
-T’es pas cap…
Me collant encore plus à elle, la main quittant la selle pour devenir baladeuse…et l’instant d’après, lui faisant des bisous, sur la joue, cherchant une bouche qu’elle dérobait en se tournant sur le côté. Je me suis alors rabattu sur le cou ! Qui a justement dit : « C’est fou, les baisers dans l’cou… »

Elle était rouge, elle avait chaud, sa blouse était collée par la transpiration… ses seins un peu lourds, sans soutien gorge tressautaient, les pointes assombrissaient la blouse sous laquelle elles dansaient… Pari de plus en plus osé, ma main a quitté le guidon et est venue en caresser un…par-dessus la blouse ! Et l’autre main, lui ‘pelotait’ carrément les fesses…

Elle piaillait, se fâchait :
-Petit cochon…pas bien çà…
Mais s’affolait dés que je la lâchais pour la laisser rouler seule :
-Non ! Tenir moi…toi ‘reprendre moi’ (sic)
Et je la reprenais…dans mes bras !
Tout cela par épisodes, entre deux changements de place du tuyau d’arrosage. A la fin, elle est partie, fâchée, en maugréant dans sa langue !

Je m’en suis voulu, après coup. Physiologiquement elle aurait pu être ma Mère…Et, je n’avais aucun scrupule ni retenue avec elle, je me suis dit :
-C’est parce que c’est une ‘Bonne’ que je fais çà ? Elle mérite mon respect autant qu’une autre…
Serments qui volent, et qui s’envolent… dés que revient la tentation !

Le lendemain après midi, elle m’a hélé du grillage qui séparait les deux jardins :
-Tout à l’heure, tu apprends à moi ? Si toi gentil, moi progrès, et Paula t’embrasse…après !
Au lieu de descendre à la plage après l’arrosage, je suis allé la retrouver. Toujours pas ‘gentil’ je l’ai encore plus cajolée, serrée de prés, l’embrassant…où je pouvais poser mes lèvres, et ma main a encore plus osé…
Elle s’est insinuée dans la blouse pour pétrir son gros ‘Néné’… ce qui l’a fait piailler encore plus, car on tanguait. Des zigs et des zags qui lui faisaient dire :
-Arrêtes, petit cochon…moi, jamais apprendre comme çà !

A l’arrêt, au fond du jardin, juste derrière la cabane à outils, je l’ai prise dans mes bras :
-Donnes moi le baiser promis ?
-Toi pas mériter…
Mais elle n’a pu en dire plus, mes lèvres étaient sur sa bouche qui ne s’est pas dérobée…Elle a dit après :
-Oh ! Toi, tu sais…déjà fait, hein ? Petit cochon !

Elle était molle dans mes bras maintenant, un défi terrible m’a traversé l’esprit. Je lui ai dit, la voix rauque, à la fois comminatoire et pas très assurée :
-Viens dans la cabane avec moi !
J’ai ouvert la porte, main sur ses reins, je l’y ai poussée : Elle savait bien ce que je voulais... Elle avait du y penser, car ses patrons étaient à un bridge, ce soir là !

Je savais qu’il y avait une grosse bâche pliée en quatre sur l’étagère du fond. La porte refermée, il a d’abord fait sombre mais mes yeux se sont vite fait à cette demi obscurité. De plus, il y avait un rai de lumière qui tombait du haut de la porte, mal jointée .J’ai posé la bâche au sol, l’ai dépliée…et sans un mot, on s’est allongés !
Je l’ai encore embrassée longuement, mettant la langue cette fois, comme avec Gina…ma main baladeuse s’est promenée, a relevé la blouse. Elle s’est un peu dégagée, a dégrafé les boutons…J’ai enlevé mon short et mon tricot. Elle a aidé ma main à faire glisser sa culotte, et elle m’a aidé à enlever mon slip : nous étions nus et mon sexe collé à sa chair brûlante !

Je retrouve en moi, tout ce que j’ai pensé durant toute la corrida :
-‘P’.. ! Çà y est…elle veut bien : j’vais la ’niquer’…’p’… ! Ses ‘nichons’ qu’est-ce qu’y sont gros… un peu mous ? C’est pas Gina ! mais çà fait rien, j’vais lui ‘bouffer’ !
J’entendais sa respiration mais comme moi, elle se taisait. J’ai encore pensé :
-‘P…’ ! J’ai la main dessus ( son sexe !) C’est chaud et mouillé…comme Gina, mais plus écarté ( mon doigt s’y était glissé !)…’P…’ ! Maintenant c’est le ‘Zob’ que j’vais y rentrer !

Je me suis mis sur elle : elle n’avait plus le même …dans ce rai de lumière qui l’éclairait en plein, çà m’a fait presque peur (!) mais j’étais déjà entre ses cuisses, ma main a guidé mon sexe, il est entré comme dans du beurre : J’étais en elle !
Elle a eu un gros soupir, moi j’ai pensé :
-Facile…’P’… ! C’est chaud, c’est bon…

Mais je ne bougeais pas, et elle a dit, voix rauque :
-Il faut toi, bouger…çà, toi pas encore fait, hein ?
[ Çà devait encore plus l’exciter !]
M’est revenu à l’esprit, les ‘conneries’ des deux Dadais de mon école : « Tu rentres, tu sors, çà fait ressort… »
J’ai failli sortir à tout de bon en reculant trop, follement excité…Ah ! Ce va et vient !
Ses mains crispées sur mes reins, elle retenait mes élans, exagérés, mais déjà je…jouissais en éructant tout en pensant :
-C’est autre chose que maillot contre maillot
[ Le frotti frotta, avec Gina ! ]
Et une joie indescriptible, mêlée de fierté m’a fait murmurer :
-Qu’est-ce que c’est bon !
Et penser :
-‘P…’ ! J’ai déchargé dans le ventre d’une femme…

Satisfait, sexe encore durci, je me suis laissé aller sur elle, osant penser encore :
-‘P…’ ! Avec Gigi, çà aurait été encore meilleur, j’en suis sûr !
[ Ingratitude humaine ! ]

C’est alors qu’elle m’a dit de cette voix que je ne connaissais pas encore :
-Toi, content, hein ! petit cochon…mais à Paula maintenant : Toi mettre sur ton dos, moi dessus…
Et les gestes aidant, je me suis retrouvé dessous, et elle toujours embrochée, au-dessus de moi. Relevée sur les coudes elle a commencé à se tortiller, marmonnant, la voix rauque :
-Toi, toujours raide, c’est bon pour Paula…

Je voyais son crispé, les yeux un peu retournés : j’ai encore évoqué celui de Gina ! Elle s’est mise à danser de façon désordonnée, et avec un recul trop grand, mon sexe est sorti ; elle l’a remis avec sa main, disant :
-Toi, mets les mains sur mes fesses, empêches ‘le’ sortir !

Puis elle s’est mise à gémir, à crier presque, dans sa langue…J’étais tellement sidéré que j’ai failli ‘débander’… mais pour la première fois, et depuis il en a été toujours ainsi, j’ai pensé :
-Restes raide, ‘p…’ ! Qu’elle prenne son plaisir…après tu la retourneras, pour toi !
Ce que j’ai fait, quand elle s’est abattue sur moi, disant :
-Bon ! … bon ! pour Paula…

Cela a vraiment duré cette fois, et j’ai pris conscience de tout ce qu’il y a d’exaltant à besogner une femme…être en elle, dominateur ( on le croit !) La possédant à sa guise, à son rythme : lent, rapide, à grands coups pour s’enfoncer, puis en se retirant lentement, et en s’enfonçant avec un bruit de gorge et cette pensée:
-‘P’ ! Qu’est-ce que c’est bon’ !
A la fin, une chevauchée à cru, qu’on ne domine plus : Le rut d’une bête qui jouit bruyamment…suivi d’un abattement :

« Seuls la Femme et le coq chantent après le coït… »

Et comme pour Gina ( quand çà ‘partait’ dans le slip ou le maillot !) qui se demandait ce qui m’arrivait, j’ai embrassé Paula, sur les yeux, sur le bout du nez, puis la bouche, langues mêlées…Elle a apprécié, disant essoufflée :
-Toi, gentil…bon coq aussi…Paula pas pris plaisir comme çà, depuis Jan ! deux ans déjà, l’autre, Hans, gros cochon pensé qu’à lui !

Avec elle, il y avait beaucoup de nuances de Petit à … gros cochon !

Et moi, comme Gabin, je me suis dit : « Maintenant, je sais… »
Mais comme lui, je ne savais … presque rien ! Ce soir là, j’ai été dans la ‘lune’… au propre et au figuré !
………………………………………………………………………………………………………………….
Avec Paula déjà, il y a eu d’autres péripéties contées dans une autre épisode…

Jan Goure lol
Ven 13 Jan 2006, 18:15 par jan goure sur Les liaisons sulfureuses

Portrait d'un héros romantique...

Il avait pris la grande avenue. L’air froid lui glaçait le ... Il avait décidé de savourer la solitude jusqu’à la lie. Il aimait ce vague écoeurement de l’âme et se trouvait assez malheureux pour réveiller en lui le héros romantique qui sommeillait... Il était seul et incompris, la terre entière se moquait de son agonie. « Goûtons aux délices de l’anéantissement de l’être, sombrons dans les méandres de la destruction organisée... Oui, mais où trouver un public, sans lui, toute cette mise en scène perdrait de son dramatique... Car quoi ? A quelle fin mon trépas si nul ne vient me pleurer et de quoi nourrirais-je ma sortie sans pleurs compatissants et retour sur moi-même ? »
Parfois, on croit bien aimer lorsqu’on souffre beaucoup et l’on s’y emploie avec beaucoup de patience... Il y a en nous, tant de complaisance à entretenir un état de mal être qui enchante nos vieilles habitudes : cela fait si longtemps que nous sommes les compagnons de la souffrance, celle-là au moins, on la connaît et la respecte : cela fait sérieux ! Et la traîtresse ne veut pas lâcher sa victime ! Et l’homme préfère marcher le dos courbé, lovant en son sein le poison que de prendre sa vie à bras le corps, de l’aimer et de la faire grandir... La joie a aussi bien des attraits qui s’envolent au vent dans des éclats de rire ! Ah, ami ! Quand tu t’aimeras, comme tu sauras aimer ! ! !

Toute ressemblance avec des personnages vivants ou ayant existé est purement fortuite. Nous déclinons toute responsabilité en cas de perte ou de vol de destinée... Et si tu inventais la suite ?

Il avait pris la grande avenue...
Mar 10 Jan 2006, 15:25 par dolce vita sur Un monde parfait

"volare... "

Elle était face à la mer. Face au large. Elle parcourut des yeux l’horizon. Elle était seule et la crique déserte l’invitait dans un souffle. Ses cheveux volaient doucement, une mèche de sa chevelure courte lui caressa le . Elle était nus pieds. Elle sourit. Elle s’assit et contempla les flots bleus. Infiniment. Le soleil se levait à peine et éclairait d’une lumière nacrée la mer, le ciel, le sable. Le lointain était perdu dans la clarté bleutée... Rien ne troublait ce silence que le souffle léger qui conviait à la paix. Un nouveau soupir plus profond du ventre vers la gorge et la bouche entrouverte jouait avec l’air salé. Elle goûta le sel déposé sur sa bouche. Elle s’allongea. Les yeux clos, elle laissait l’infini l’habiter... Ses doigts s’amusaient des grains dorés. Une éternité. Elle communia au beau. Elle eu envie de marcher vers les flots. Elle ôta un à un les vêtements qu’elle portait ce jour-là. En prenant le temps de goûter à l’instant qu’elle s’offrait. Un jean et chandail noir, ses dessous... Elle se redressa et senti la caresse du vent sur sa peau. Le sable sous ses pieds était tiède et elle appréciait ce massage nouveau. Lentement, elle marcha vers l’onde claire. Elle redouta le froid contact mais l’heure était à la douceur. L’eau tiède la fit frissonner. Les pieds. Elle respira plus vite... Imperceptiblement elle progressait, droite, sans raideur, les genoux, les hanches, la taille, et toujours cette indicible liberté... Elle se laissa glisser dans cette caresse liquide, sans effort et sans heurt. Puis, elle prit une grande inspiration et plongea... Une gerbe de lumière accueillit son sourire lorsqu’elle se décida à prolonger la nuit écourtée... Le ventre, les seins, le caressés par le soleil timide et doux... Une nouvelle fois, elle ferma les yeux.
[...]
Au volant de sa voiture, elle chantonnait et les oiseaux de mer emportaient vers le ciel des bribes de mélodie : « Volare, oh, oh, cantare, oh, oh, oh »...
Lun 09 Jan 2006, 14:14 par dolce vita sur Histoires d'amour

Il n'avait jamais dit à personne ce qu'il avait vu

Il n’avait jamais dit à personne ce qu’il avait vu ce soir-là devant le moulin, il n’avait jamais brisé le silence. Jamais brisé le silence d’Emma.
Il était aujourd’hui allongé sur ce lit, son dernier univers, l’ultime repos avant le face-à-face avec son dernier ennemi. Ses mains ridées par le temps, son flétri par la haine, ses pensées noircies par la colère, il était à l’aube d’affronter le dernier de ses salauds, le sixième, le Tout Puissant dont ils chantaient le nom. Il revoyait ses souvenirs défiler sur les murs de sa chambre, sur la tapisserie aux grosses tulipes rouges qu’aimait tant Emma.

Emma venait d’entrer dans la chambre, la tête basse comme toujours. Elle lui apportait un peu de café sucré, comme toujours. Elle passa sa main sous sa tête, la leva lentement et porta le bol à ses lèvres. Comme depuis toujours. Depuis au moins 20 ans en tout cas. Depuis ce matin où il avait porté un peu d’eau à ses lèvres et quelques onguents à ses plaies.
Elle se déplaçait telle une ombre, enveloppée dans son silence depuis 20 ans. Ses pas étaient silence, ses gestes étaient silence, son regard était silence. Emma avait abandonné sa voix ce soir là, entre leurs mains et leurs rires.

Ils étaient 5. Vêtus de longs manteaux gris, comme leur . Le jugement avait été court et sans appel.
Coupable.
Coupable de la beauté du diable,
coupable de la douceur du jour,
coupable du rire de l’innocence,
coupable de la fragilité de l’enfance.
Ils étaient 5. Cinq juges sans conscience, sans pitié, sans âme. Cinq rires qui résonnaient dans la nuit au son de ses derniers cris. Leurs mains avaient saisi les rivières rousses qui entouraient son , ils les avaient lavés dans le feu. Leurs ongles avaient déchiré ses vêtements et meurtri sa peau blanche. Leur lame avait entaillé ses lignes aussi belles que l’horizon. Ils avaient récité des psaumes et des incantations quand leurs corps avaient lavé le sien de leur semence, ils avaient chanté la gloire du Puissant quand leurs rires avaient volé sa voix.

Il n’avait jamais dit à personne ce qu’il avait vu ce soir-là devant le moulin, il n’avait jamais brisé le silence. Jamais brisé le silence d’Emma.

Il l’avait portée jusqu’à sa cabane, allongée sur sa couche et soignée. De longues nuits, de longs jours, toute une vie n’avait pas suffit à guérir ses blessures. Il avait cherché dans leurs suppliques la voix d’Emma, cherché lequel avait emporté avec lui son sourire, fouillé leurs entrailles pour retrouver celui qui lui avait volé son regard. Comme des porcs au service d’une religion où la liberté est un pacte avec le diable, il les avait égorgés, saignés, vidés, pour venger celle qu’ils appelaient la sorcière.
Cette nuit, il partirait affronter le dernier, le sixième, celui qui a laissé faire ce soir là derrière le moulin.
Coupable.
Il regarda Emma et lui sourit.
"Demain tous les coupables seront punis, et toi, tu retrouveras ta beauté du diable, ton rire de l’innocence, ta fragilité de l’enfance."
"Oui, demain… ", lui répondit son silence.
Sam 07 Jan 2006, 15:29 par la marquise de sade sur Histoires d'amour

Horaire discordant

Je travaille de soir, lui, de jour....

Je laisse durant la semaine qui nous sépare la braise envahir mon ventre. Cette braise de plus en plus chaude en devient presque insupportable, brûlante.

Laissant échapper quelques gouttes de sève, tel un volcan jaillissant de sa lave, ma fente opprimée dans sa petite culotte ne demande qu’à être délivrée par ton membre chaud. Je suis là à travailler à installer cet harnais électrique, à fantasmer à l’idée de frotter délicieusement mes jolis petits seins sur ton , pour ensuite les passer sur ton pénis en érection. Je veux tes mains douces et baladeuses sur mes fesses rebondies et sa rosette timide, bien logée entre les deux beignets frais , j’imagine ta langue et ton souffle chaud l’effleurer tout en laissant ton index pénétrer mon vagin.

Toutes ces idées se bousculent dans ma tête. Quand sont passées ces pulsions génitales, je repense à ton sourire. Tu as des yeux si amoureux quand tu me regardes ! Tes longs cils noirs, ton iris bleu minuit, tout ce mystère dans ton regard ! Je vois
toutes ces petites attentions qui font de toi un homme charmant.

Je m’ennuie !

Hélas !quand je m’ennuie de toi, même si je reviens à notre amour qui grandit de jour en jour, mes pulsions animales me font repenser, toujours, à ce four qui brûle dans mon ventre.
Jeu 29 Déc 2005, 09:50 par mistelle sur Les liaisons sulfureuses

Barbara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Epanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas
Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien

Jacques Prévert
Sam 24 Déc 2005, 13:55 par dolce vita sur Citations

Je l'ai vue ce soir

Je l’ai vue ce soir, enfin !
Depuis le temps que j’entendais parler d’elle… Je l’avais vue en photo déjà, souvent. Je me disais qu’elle ne me surprendrait pas… Et pourtant…
Quand je me suis approché d’elle, quand mon regard a croisé le sien, je me suis senti fondre.
Aucun mot ne fut échangé, juste ce regard et… ce sourire… Elle ne me souriait pas au début, puis j’eus l’impression que ses yeux se faisaient plus doux, que sa bouche se redessinait plus tendrement…
Mais non, l’instant d’après tout était redevenu comme avant et je ne sus pas si j’avais rêvé ou non ce bref moment d’intimité.
Quoiqu’il en soit j’étais là, à la regarder, nous avons même pu rester seuls quelques instants, privilège inespéré.
Malgré tout ce que je savais d’elle, malgré toutes ces photos où mes yeux avaient dévoré le moindre détail de son , je la rencontrais pour la première fois, et j’en fus ému au point de sentir mes yeux s’embuer de larmes.
Elle n’avait pas bougé, elle était là, toujours là.
Cette fois-ci j’en fus sûr, la Joconde me sourit à nouveau.
Ven 16 Déc 2005, 20:54 par l'homme de sable sur La première fois

>Egocentrisme amoureux<

Aujourd’hui je suis Belle, Chéri, si tu voyais comme je suis belle… Et pourtant pas de maquillage, pas de vêtement neuf et scintillant, pas de fanfreluche ou de fard, pas de cache-cache ni de jeux d’ombre, je suis belle, juste belle de joie, belle d’amour, belle de vie. Je suis juste belle de la meilleure beauté que je peux être de moi, au naturel. Je suis belle de t’aimer, belle des vacances qui approchent, belle de l’énergie de nous créer une vie à 2, belle de la beauté de notre vie future, belle de l’idée de Nous.
Le plus drôle dans tout ça, c’est que ma beauté est la seule chose de moi que tu aies à partager avec tout le monde, tout le monde profite de la matérialisation de notre amour sur mon , mon corps, mon être. Tout le monde ! Tout le monde ! Chacun peut voir combien je suis belle. Pas La plus belle, non, jamais, juste belle au maximum de moi, au maximum de la beauté que j’ai.
Belle non pas à mourir, mais belle à vivre, belle à redonner la vie à un mort, belle à réveiller un cimetière. Belle à ce point. Belle au point de tout oser. Insolemment belle. Belle comme le diable on dit. Savais-tu qu’on m’a déjà dit que j’étais belle comme le diable ? Savais-tu cela ? Maintenant tu le sais. Un fort beau garçon d’ailleurs…il y a de cela quelques années. Elles sont loin les années…bien loin. Envolées. Et pourtant c’était hier. Mais la beauté est revenue. Aujourd’hui. Avec l’amour et l’audace, avec la gaîté, la beauté est revenue. La beauté est revenue gaîment habiter mon , et la jeunesse s’emparer joyeusement de mon corps. La beauté est atemporelle. Car ce n’est pas une beauté plastique, superficielle, non, mais issue du plus profond de ce que je suis, liée à l’essence de mon être, à ma force vitale, à mon « Moi ». Ou peut-être à mon « ça ». Mais sûrement pas à mon « Surmoi ». C’est la beauté de l’expression libre de l’être que je suis, la beauté de l’insouciance, de la confiance. De l’amour heureux et confiant. Est-ce l’amour qui est revenu sous la forme de la beauté, ou est-ce la beauté qui a volé ses traits à l’Amour ?

Je T’aime Chéri, je T’aime et je M’aime.
Je T’aime parce que je M’aime et je M’aime parce que je T’aime.
Mer 14 Déc 2005, 22:16 par Lo sur Parler d'amour

Aglaé et Sidonie

Aglaé et Sidonie

D’avance je m’excuse auprès des féministes averties,
Aux chiennes de garde pour leur image !
Je leurs promets et sans fausseté ici,
De contrôler mes propos et mon langage.

Ce n’est pas ici la célèbre série,
Où deux protagonistes, deux personnages,
Vivent de belles aventures entre amis,
Pour le divertissement des petits enfants sages.

Au contraire, je vous propose une parodie,
Un voyage , une ballade vers le libertinage.
En compagnie de deux héroïnes ,deux aguerries,
Qui entreprennent tout avec délicatesse et courage.

Evidemment pour des adolescents enhardis,
Et le plaisir des grands et des ménages.
Toujours de rose vêtue, Aglaé est pour les plaisirs interdits,
Sidonie l’oie blanche est pétulante et volage.

Dépourvue d’inhibition et c’est aussi bien ainsi,
Avec impétuosité, exigence et beaucoup de partages,
Elles amènent leurs partenaires vers les besoins inassouvis,
En les libérant des jougs, des gênes et des adages.

Avec son sourire enjoliveur et son fier appétit,
Aglaé a le vice gravé sur son .
Elle a tant à accomplir, bien choyée et chérie,
Incapable de retenir ses émotions elle sait rendre hommage.

Par son hédonisme pour le plaisir et la vie,
Le toujours dépourvu du moindre maquillage,
Sidonie dégage plus se sensualité au lit,
Se montre plus excitante et offre d’autres avantages.

Elles peuvent assouvir les fantasmes et les envies,
Et tenir une conversation, un bavardage.
Ont le charme et la sophistication aussi,
Dans cette analogie , cette poésie de bas étage.

Vous avez noté, à aucun moment je n’ai évoqué leur QI,
Pourtant il faut se conformer aux usages.
Ni l’ignorance, ni l’expérience n’est défaut d’esprit.
Voilà je voulais réparer ce dommage…

Vers à soi
Dim 11 Déc 2005, 15:43 par vers à soi sur Les liaisons sulfureuses

Coeur de frimas

Cœur de frimas

L’automne s’affirme, s’installe sans fracas.
Le brouillard a laissé une parure de glace,
Les arbres meurtris de gravures rêvassent.

Je me plais à parcourir ta rue à grand pas.
Certains le cœur refroidis par ce froid vif,
Emmitouflés se hâtent absents et pensifs.

L’air claque sur mon , mes yeux larmoient.
Sous ce ciel gris les apparences sont irréelles,
Et une complainte s’empare des ruelles.

Le froid sec et pénétrant me pousse vers toi.
Dans le frimas givrant les ombres s’enlacent,
La lumière blanche des réverbères agace.

Mes narines se figent, toi seule sauras.
Dans cette brume qui a envahi la ville,
Je me sens terriblement vivant, je pétille.

Dans ce cocon de moiteur en apparat,
Mon cœur enflammé, ardent n’en a cure,
J’aime sentir sur mes joues cette froidure.

Tous les sens déployés, je frisonne déjà.
Je te sais délicate comme une fleur de neige,
Patience, attends moi, des pensées m’assiègent…

Vers à soi
Dim 11 Déc 2005, 10:53 par vers à soi sur La première fois

Je cherchais un ami...

Oui, cela a commencé comme un jeu. Pour rire, par bravade, par curiosité, j’ai accepté d’essayer ce moyen moderne de rencontre d’un ami à distance. Prendre le temps de connaître l’autre, prendre le temps de s’apprivoiser. Après tout cela évitait déjà les fausses interprétations de surface : pas l’illusion de nos carcasses, c’était déjà un pas de fait... J’ai patiemment parcouru toutes les conditions pour m’inscrire et envoyé la petite photo qui malgré tout révélait mon : et paf, les messages défilaient et pas que des messieurs (j’avais pourtant précisé, m’a-t-il semblé) ; il y avait vraiment matière à te trouver, toi, l’ami rêvé. L’ami, un vrai, un qui vous connaisse de dedans avec qui on partage ses états d’âme et ses coups de rire ou de blues, un peu de temps et de tendresse... Après quelques prises de contact à droite et à gauche, on va vite pour éliminer ceux qui sont trop légers... En général, c’était plutôt pressé. Un besoin qui ne pouvait attendre le prochain arrêt... Enfin, je t’ai rencontré. Ta situation proche de la mienne nous prêta à sourire, tes traits d’esprit qui répondaient aux miens, ta vivacité à répondre m’avaient attirée. Une touche de complicité et j’avais eu plaisir à te retrouver très régulièrement le soir après 20h30, nous jouions des parties de discussions très vives, ou la séduction jouait son rôle mais en restant discrête... Et puis, un soir, moins d’une semaine s’était passée, patatras, "l’ami" ne devait plus tenir dans le costume étroit dont il s’était paré : le voilà qui, tel Adam, comme un ver, se révélait nu à son clavier... habitué et pas du tout gêné. "Rideau"...

J’ai recommencé très sagement à suivre les consignes, tout le processus mais cette fois, pour me désinscrire et ma photo fut retirée... Après ? J’ai soufflé.

Moralité : Plus on plane et plus il faut préparer l’aterrissage pour ne pas se casser le bout du nez...
Lun 05 Déc 2005, 14:42 par dolce vita sur Amour internet

Une jolie petite histoire

« Mon histoire commence il y a cinq ou six ans. J’étais en train de rêver. Mais ce rêve n’était pas comme les autres, plus important, plus réel, ça se sentait. C’est dans ce rêve que j’ai vu La Personne, celle dont je faisais allusion dans mon premier poème hier. Elle était assise un peu devant moi et je ne l’ai vue qu’en me levant. Je me levais parce que j’étais assis dans ce qui ressemblait à un avion, ..., ou à un train, et que je devais partir. Elle s’est retournée et nous nous sommes regardés, non, dévorés des yeux. Je devais être à cinq mètres d’elle, mais par la magie du rêve, je pouvais caresser son . Il était doux ; de cette douceur que l’on ne trouve que dans les rêves.
Une douceur sublimant tout ce que j’avais pu connaître, car à travers elle on pouvait deviner une personne capable d’écouter, un esprit capable de comprendre, de pardonner, un cœur capable d’aimer aussi bien que de haïr.
Elle m’a souri. Ce sourire, il a désormais sa place en mon cœur, qu’il ne pourra plus jamais quitter. Il était sincère, pur et rayonnait sur tout son . Tout son me souriait et ses yeux étaient emplis d’une passion qui n’avait d’égal que celle que je ressentais alors. Cette passion était si soudaine et si violente que je me souviens d’avoir pleuré dans mon rêve. Oui, j’ai pleuré ; de bonheur au début, puis d’une infinie tristesse, parce qu’au fur et à mesure je me rendais compte que j’étais dans un rêve que je quittais peu à peu. Je me suis réveillé, maudissant le destin de ne me faire vivre de telles émotions que dans les rêves. Et puis… j’ai oublié ce rêve, comme tant d’autres».
Je fis une pause. Mon petit auditoire ne fit aucune réflexion, car il savait que je n’avais pas terminé :
« Ce rêve, je ne m’en serais peut-être jamais souvenu si trois ans plus tard je ne L’avais pas rencontrée. C’était à l’époque de la rentrée en première. Je suis entré dans une salle, où de nombreuses personnes allaient et venaient, et
je L’ai reconnue. Les images que ma mémoire avaient cachées revinrent en un souffle et j’identifiai immédiatement le trouble qui m’assaillait comme étant de l’amour. Parfois la passion vous transporte. Moi, elle me bloqua sur place.
Il y avait trois ans de cela, je maudissais le destin et alors que celui-ci tentait de se racheter, je comprenais que je m’étais trompé d’ennemi : c’est mon être qu’il fallait maudire. Car en effet, jamais je ne pus Lui parler. Toute sa vie on prie pour voir tel ou tel rêve devenir réalité, mais un rêve reste un rêve et dans la réalité on perd tout son panache, ses armures et ses armes. Et ce manque de force, cette lâcheté que j’avais découverte mienne, me fit penser alors au pire. Mais ce n’était pas la vie que je méprisais, c’était moi, uniquement moi ; alors j’ai chassé ces idées de mort. Lorsque je la voyais, toujours se répétaient les mêmes peurs, les mêmes angoisses que l’on a, à vouloir sans cesse trop plaire et ne jamais déplaire. Et comprenant que je ne pourrai jamais vaincre mes démons, je tentais de me convaincre de mon erreur. Mais c’est inutile de vous préciser l’aboutissement de cette tentative : je me méprisais de plus en plus.
Depuis que je l’ai vue, j’ai connu bien des moments de joie, mais à y réfléchir, jamais je n’ai goûté au bonheur. Et puis un jour, dans le train je me suis levé et je vous ai parlé ; et depuis j’ai cessé de me morfondre autant qu’auparavant. Mais dans mes moments de solitude, il m’arrive encore de penser à Elle, de penser à ce que j’ai raté...»
Le silence qui suivit parut durer des heures et je sentais mon sang battre tous les records du cent mètres dans mes veines. En fait, c’était étrange, j’étais partagé entre la libération et la détresse. Je m’étais pris à mon propre jeu, tous ces inconnus devant moi n’en étaient plus et les sourires compatissants que je voyais me confirmaient cette idée. Nous étions devenus, en quelque sorte, les confidents les uns des autres. Habitants du même train, nous avions appris de chacun, comprenant qu’il était parfois plus simple de se confier à une personne extérieure à sa vie.
Finalement était-ce eux que j’avais souhaité sortir de leur torpeur ou moi-même qui cherchait une thérapie à mes maux profonds ?
Ven 02 Déc 2005, 15:52 par l'homme de sable sur Un monde parfait

Mon aventure

Comme je vous l’ai dit, les matins qui suivirent furent beaucoup moins difficiles à supporter que les précédents, et tout particulièrement celui de ce mercredi, où je décidais donc de mettre en pratique tout ce que j’avais imaginé la veille. Une fois les tâches du matin accomplies (avec un entrain qui m’était inhabituel !), je pris donc le chemin de la gare. En réalité, je me questionnais encore, cherchant à savoir si je trouverais assez de courage pour livrer bataille à la morosité des habitants du train. Et c’est un fait qu’il me fallut attendre deux stations avant de pouvoir me lever et leur dire :
« Je vous souhaite le bonjour gentes gens ». La plupart des personnes qui n’avaient pas de walkman levèrent la tête, mais à voir leur où se mêlaient la curiosité, la peur et déjà quelques traces de pitié, je me sentis obligé de les rassurer rapidement :
« Ne craignez rien, mon père n’est pas parti, ma mère n’est pas malade, et je n’ai pas huit frères et six sœurs ! Non madame, laissez ce porte-monnaie dans votre sac. Je vous promets de ne pas vous demander d’argent, ce qui ne veut pas dire que je ne vous demanderai rien... Mais tout d’abord, laissez-moi me présenter : je m’appelle Renaud ; mais faites comme tout le monde, appelez-moi "No". J’ai dix-huit ans, je suis en bonne santé, merci, et tous les matins je vous croise sur le chemin de l’université. Je suis sûr que vous ne l’aviez jamais remarqué, mais ça fait déjà trois ans que je voyage chaque matin à vos côtés ! A partir de là on pourrait presque dire qu’on est de vieilles connaissances, non ? ».
Ceux qui n’avaient pas encore relevé la tête l’avaient fait à présent, ainsi que certaines personnes qui venaient d’éteindre leur walkman. Désormais, tout le wagon me regardait d’un oeil interrogateur, ne sachant pas s’il devait se débarrasser de son sentiment craintif envers mon humble personne. De toutes façons, dans la situation qui était mienne, je n’aurais pu leur faire bien mal. En effet, si j’avais relâché mon attention ne serait ce qu’une petite seconde, je ne pense pas que ma petite nature, d’habitude si timide (si ! si !), aurait pu encaisser le fait de voir tous ces s tournés vers moi. Je serais vite aller me planquer sous un siège, ou j’aurais bien trouvé une fenêtre ouverte afin de m’éjecter. Au lieu de tout cela, emporté par mon élan et mon culot spontanés, je continuais mon improvisation (car j’avais bien sûr tout oublié de mes plans de la veille !) :
« Figurez-vous que pendant ces trois ans, je n’ai pas cessé de vous observer, et croyez-moi, si vous étiez à ma place, vous seriez arrivés à la même conclusion que moi ! Faut les sortir de là !! que j’me suis dit hier matin. Je m’explique. Ah, attendez, il y a de nouvelles personnes qui montent. Bonjour ! Entrez, je vous en prie, je n’ai encore détroussé personne ! Non, non je rigole, je ne vous emprunterai que quelques instants et quelques paroles (on peut toujours rêver) ».
Les quelques sourires (cinq ou six, mais c’est toujours un bon début !) que je vis en écho à mes plaisanteries eurent un effet double : tout d’abord, ils rassurèrent les passagers qui n’osaient toujours pas rentrer dans le wagon, et d’autre part… Ben, je dois avouer, ça m’a fait vachement plaisir quand même !
J’enchaînais donc :
- « J’étais justement en train d’expliquer à tous ces gens pourquoi je suis debout, à parler comme un détraqué, au lieu d’être assis et d’attendre patiemment que je sois arrivé. Où j’en étais d’ailleurs ? ... Ah, ouais ! Je disais que ça faisait trois ans que je vous observais et que ce que je vois tous les jours, c’est une somme d’individualités, au sein de laquelle aucune communication n’existe. C’est vrai quoi, à vous regarder, on vous croirait tous sous hypnose ! Au fait, je dis vous, mais avant ce matin j’étais encore sous le même effet hypnotique ! Enfin, en gros, voilà les raisons qui m’ont poussé à vous parler ce matin. En fait, ... Oups, bonjour messieurs dames, entrez donc vous asseoir au chaud avec nous, on était justement en train de parler de vous ! Non, je vous fais marcher, excusez-moi. Mais c’est vrai qu’on discute un peu et si vous écoutez ce que je raconte, vous verrez que je ne mentais pas totalement quand je disais que vous faisiez partie de la conversation ; on en fait tous un peu partie en réalité. En fait donc, mon but est que le matin lorsque vous prendrez le train, vous ne ressentiez plus cette étrange impression que tout le monde autour de vous représente un ennemi potentiel. Ce que je veux dire, c’est qu’on sent souvent dans les transports en commun une certaine gêne. On se retrouve entouré d’inconnus et le malaise s’installe immédiatement. Alors, en réfléchissant, vous comprendrez que pour éliminer cette gêne, il suffit que toutes ces mêmes personnes cessent d’être des inconnus. On est d’accord jusque là ? »
(aucune réponse, faut pas pousser non plus)
« Et pour ça, il suffit d’un petit bonjour, d’une poignée de main pour commencer, et puis au fur et mesure, les discussions commenceront peut-être, non ? Enfin vous me direz, je rêve sûrement un peu trop, mais si la situation n’était si désespérée, croyez bien que je ne vous aurais pas interpellé ce matin ».
Mon petit monologue avait réduit au silence quatre-vingt-dix-neuf pourcents des passagers. Sachant que j’étais le petit pourcent qui restait, autant dire que tout le monde se taisait. J’étais même persuadé que la plupart des gens m’écoutaient avec attention. Bien entendu, j’avais remarqué que quelques personnes avaient quitté le train avant leur arrêt habituel, mais la plupart des passagers était encore là, et m’écoutait patiemment, me faisant redoubler d’ardeur :
« Et comme je suis tout de même un minimum réaliste, j’avais prévu que les discussions ne seraient pas très très vives aujourd’hui. Ce qui m’oblige donc à parler tout seul. Mais ne vous inquiétez pas, je suis persuadé que dès demain matin, vous aurez plein de sujets de conversation à offrir à tous vos voisins ! Ah ouais, j’avais oublié de vous prévenir, dorénavant, si vous choisissez ce wagon, préparez vos répliques, parce qu’ici, on va discuter un brin. Enfin moi, je vous oblige pas hein ?! Si vous voulez continuer de garder le masque de cire que je viens de vous décrire, libre à vous ! ».
C’est alors qu’un vieux monsieur se leva, l’air furibond, se dirigeant vers l’autre wagon en marmonnant une phrase dont l’intonation me laissait supposer qu’il n’était pas forcément en accord avec ma manière d’agir. De cette phrase, je ne retins que la dernière partie :
- ... cet espèce de clown ! ».
« Exactement monsieur, vous n’avez qu’à me considérer comme un clown qui se donne pour mission de rendre vos voyages matinaux plus agréables. Ainsi que les miens, je vous assure ! ».
Et ben, c’est triste à dire, mais il n’était pas convaincu !
Ven 02 Déc 2005, 15:34 par l'homme de sable sur Un monde parfait

Le matin

Quel que soit le pied qui touche le sol en premier, j’ai toujours l’impression de débuter une journée difficile en me levant le matin. Contre cela, la routine est le seul remède : on branche le radar, et on se laisse guider par ses habitudes : toilettes, salle de bain, cuisine, salle de bain, ... Ce trajet immuable m’aide à réaliser qu’une heure vingt-trois minutes plus tard je serai docilement en train de prendre mes notes. Mais avant d’arriver à ce stade il me reste un obstacle à surmonter : le trajet en train. Et quel obstacle !

L’esprit encore quelque peu embourbé par un réveil inachevé, on dirait que les gens craignent de rencontrer une connaissance, avec qui la discussion se résumerait à : «Le-temps-est-bizarre-ces-jours-ci-y-a-plus-de-saisons...! ». Finalement, le résultat de cette peur est ce que l’on voit en observant toutes ces personnes au regard fixe, dont le sourire, s’il existe, révèle bien la gêne qu’il procure. Je pense que vous l’avez deviné, le principal obstacle du matin, c’est ça et je peux vous dire que je ne m’y ferai jamais ! Tous ces mannequins semblent si familiers pourtant, qu’on a presque envie de leur dire
"bonjour" ; mais comprendraient-ils seulement ? En fait, on a l’impression que ces gens sont encore en train de dormir et que le simple fait d’ouvrir la bouche les réveillerait. Imaginez alors l’horreur qui se peindrait sur leur s’ils voyaient toutes ces autres personnes dormant à côté d’eux ! Ils préfèrent certainement penser que ces personnes font partie de leur rêve...
Que voulez-vous ? Le matin, la réalité est tout simplement trop dure à accepter.

Ce spectacle, je le vois chaque matin de chaque jour de chaque semaine. Dur dur d’être lucide, non ? Bien sûr, à force, je fais comme d’autres, me mettant en retrait de cette réalité, me plongeant dans un bon bouquin ou en branchant mon baladeur. C’est vrai, c’est si simple de fuir cette atmosphère.
On est alors isolé avec autant d’efficacité que si on se trouve seul avec soi-même dans l’une des pièces obscures de son esprit. Mais bon, l’ennui se matérialise lorsque l’on réalise qu’on devient exactement ce à quoi on essaie d’échapper...

Le fait est que, ce matin, j’avais l’impression de regarder tous ces gens avec des yeux nouveaux, tant et bien que cette (ô combien horrible !) vision matinale allait me hanter tout le reste de la journée. Non, non, le mot ‘hanter’ n’est pas trop fort ! Imaginez plutôt : en plein cours de physique, je me surpris songeant à un homme que je n’avais pourtant qu’aperçu ce matin dans mon wagon. Je le revoyais alors ressemblant à un gentil dogue anglais, de ces gros chiens patauds plein de rides et de tendresse. J’étais persuadé que, comme tous les animaux, il ne savait ni ne cherchait la raison de son existence ; il suit la routine, point. Cela peut paraître insultant, mais lorsque l’on observe tout ce bétail dans les trains, il donne vraiment l’impression d’agir par instinct, comme le prouve la façon dont les personnes savent qu’elles sont arrivées à leur gare, se levant sans qu’aucun signe d’une quelconque intelligence n’éclaire leur regard. Mais bon, de toutes les analogies qui me vinrent à l’esprit ce jour-là, je préfère tout de même celle que j’imaginais, contemplant ma douce prof de chimie. Les passagers du train m’apparaissaient alors comme ces jolies princesses de contes de fée, qu’une vilaine sorcière (c’est là que ma prof de chimie a dû m’inspirer !) enferment dans des sommeils hypnotiques. Mais dans les contes, il est toujours un valeureux prince pour les délivrer. Où est donc celui qui délivrera toutes ces pauvres gens ? C’est alors que je me mis à réfléchir très vite. Si vite, d’ailleurs, que ma prof dût s’en apercevoir, car elle me regarda, d’un regard dans lequel j’eus beaucoup de peine à trouver de la sympathie. Mais heureusement, la réprimande fut suffisamment lente à venir et j’eus le temps de trouver la solution à mon problème. J’allais tenter de briser mon quotidien et de rompre par la même occasion celui de ceux que j’appelais désormais les « habitants du train ». J’allais devenir leur prince charmant.
Ven 02 Déc 2005, 15:26 par l'homme de sable sur Un monde parfait

Le Clown (Nouvelle)

PROLOGUE

« C’réveil est vraiment trop irritant. C’est vrai, il nous tire toujours du plus beau rêve de la nuit... Oh, s’il pouvait s’arrêter d’me vriller la tête! Bon aller, j’me donne cinq minutes et j’me lève ! Par quoi j’commence aujourd’hui ? Maths ? Physique? Mardi, ... Mardi, ... ben ça doit être maths.
Mardi ! Encore quatre jours à s’taper ! Aller, debout ! ... Bon, putain, j’crois qu’c’est reparti...! »

Désolé pour ce langage moins que châtié, mais vous comprenez, le matin c’est toujours assez difficile ; et puis j’ai l’excuse de la jeunesse, dîtes-vous seulement que ça passera avec l’âge !
Etudiant moyen, issu d’une classe moyenne, vivant dans un village qui compte juste assez d’habitants pour pouvoir se prévaloir du titre honorifique de « ville », la destinée paraît m’avoir taillé un chemin dans la médiocrité.
Physiquement ? C’est pas le top, mais avec le contraste de ma tignasse rousse et de mes yeux bleus clairs, on peut dire que j’ai un certain charme, à défaut d’un charme certain.
Au fait, moi, c’est Renaud, mais si jamais on se rencontre, faites comme tout le monde, appelez-moi "No".
Ce matin là, je m’en souviens comme je me souviens de tous mes rêves, c’est à dire bien, trop bien parfois. Pourquoi ce matin là ? Et pourquoi pas !
De toute manière, les matins se ressemblent tous... Sauf ceux des week-ends, mais sont-ils de vrais matins ? Quoi qu’il en soit, ce fut la dernière fois que je me levais avec aussi peu d’entrain, car ce jour-là me vint l’idée la plus
fantastique et la plus folle que mon esprit m’ait livrée : j’allais changer le monde ! Bon, mon monde pour commencer... Après avoir gaspillé tant de paroles à détruire la société, j’avais enfin trouvé la façon de la faire changer, de redonner à tous ces gens que je croisais un et non plus un masque.
Je ne m’en doutais pas encore tandis que j’insultais mon réveil, mais cette journée allait être pour moi le commencement d’une histoire qui n’a toujours
pas trouvé sa fin.
Ven 02 Déc 2005, 15:19 par l'homme de sable sur Un monde parfait
Page 18 sur 23 Aller à la page Précédente  1, 2, 3 ... 17, 18, 19 ... 21, 22, 23  Suivante

Ecrire sur visage

Ecrire sur visage Paula, la toute, toute première fois..., Portrait d'un héros romantique..., "volare... ", Il n'avait jamais dit à personne ce qu'il avait vu, Horaire discordant, Barbara, Je l'ai vue ce soir, >Egocentrisme amoureux<, Aglaé et Sidonie, Coeur de frimas, Je cherchais un ami..., Une jolie petite histoire, Mon aventure, Le matin, Le Clown (Nouvelle),
Il y a 344 textes utilisant le mot visage. Ces pages présentent les textes correspondant.

Bonne lecture !

Derniers textes

Livres recommandables

La Pharmacienne
Esparbec
La Musardine
Les fables de l'Humpur
Pierre Bordage
Editions 84
Infidèles : Nouvelles érotiques
Martin Laliberté
J'ai lu
Éloge des femmes mûres: Les souvenirs amoureux d'András Vajda
Stephen Vizinczey
Folio
Grammaire érotique
Jacques Laurin
La Musardine
Itinéraire d'une scandaleuse
Clara Basteh
Pocket
On ne badine pas avec l'amour
Alfred de Musset
Pocket
Le carnet de Rose : Suivi Sept nuits et l'exclue
Alina Reyes
Pocket
Cinquante nuances de Grey
E L James
JC Lattès
Journal intime de mon sexe
Anonyme
Pocket


Retrouvez toutes nos bonnes lectures sur : La boutique des âmes tendres

La citation d'amour

L'expérience de l'écriture est extatique. Il faut s'y jeter à corps perdu, pleurer et rire intensément, physiquement, entrer dans un état second.

Pierre Michon.

Qui est en ligne ?

  • Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
  • La date/heure actuelle est Sam 17 Jan 2026, 18:03
  • Nos membres ont écrit un total de 4446 textes
    Nous avons 1234 membres enregistrés
    L'utilisateur enregistré le plus récent est brancher
  • Il y a en tout 26 utilisateurs en ligne :: 0 Enregistré, 0 Invisible, 26 Invités et 0 Bots   [ Administrateur ]   [ Modérateur ]
  • Le record du nombre d'utilisateurs en ligne est de 569 le Mer 10 Déc 2025, 10:02
  • Utilisateurs parcourant actuellement ce forum : Aucun
    Bots : Aucun
  • Ces données sont basées sur les utilisateurs actifs des cinq dernières minutes
  Connexion
Nom d'utilisateur:
Mot de passe:
Se connecter automatiquement à chaque visite